Page:Rousseau - Du Contrat social éd. Beaulavon 1903.djvu/81

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INTRODUCTION ?I

trouve à chaque page, se gravaient d'elles-mêmes dans la mémoire des hommes ; enfin la célébrité de Rousseau et de son œuvre entière, la passion ardente et contenue qu'on sent en maint passage du Contrat, assurèrent à ce petit traité du droit politique non seulement la plus grande vogue immédiate, mais l'influence la plus géné- rale et la plus persistante jusqu'à la fin du xvin e siècle. Cette influence s'est exercée sous deux formes très différentes : d'une manière directe et précise, on trouve la trace indéniable des théories et même des paroles du Contrat social dans beaucoup d'œuvres et dans beau- coup d'actes de la Révolution; mais, d'autre part et surtout, le Contrat social a exercé une influence diffuse et générale; des hommes, qui peut-être même ne l'avaient jamais lu ou qui l'avaient mal compris, n'y ont pas moins puisé, dans une mesure indéterminable, quelque chose de leur manière de sentir et de penser ; plus encore que par son texte, le Contrat a agi par son esprit. C'est ce qu'exprime très bien George Eliot: « Le génie de Rousseau a éveillé en moi de nouvelles facultés..., non en m'inculquant quelque croyance nou- velle, mais par le souffle de son inspiration qui a vivifié mon âme. » Toute la démocratie moderne, parfois à son insu ou même contre son gré, a trouvé dans le Contrat social, sinon un programme et des doctrines, du moins un esprit, une méthode et une attitude politique.

Sans prétendre traiter à fond un sujet aussi vaste et aussi difficile, j'indiquerai brièvement dans quel sens le Contrat social me paraît avoir agi sur les faits de l'histoire et sur les doctrines des philosophes jusqu'à la fin du xvm e siècle.

  • *

Du vivant même de Rousseau, le Contrat social avait failli recevoir un commencement d'application. A

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