Page:Rousseau - Fragments inédits éd. Jansen 1882.djvu/75

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Lectures confidentielles des confessions etc. 65

À la fin de sa première lecture, chez le comte d’Egmont, l’auteur des Confessions dit un épilogue non moins solennel et non moins grave que son discours d’introduction. >J’ai dit, telles furent ses paroles, la vérité: si quelqu’un sait des choses con- traires à ce que je viens d’exposer, fussent-elles mille fois prouvées, il sait des mensonges, et des impostures; et s’il refuse de les approfondir et de les éclaircir avec moi tandis que je suis en vie, il n’aime ni la Justice ni la vérité. Pour moi, je le déclare hautement et sans crainte: quiconque, même sans avoir lu mes écrits, examinera par ses propres yeux mon naturel, mon carac- tère, mes mœurs, mes penchants, mes plaisirs, mes habitudes, et pourra me croire un malhonnête homme, est lui-même un homme à étouffer.» (153)

Personne n’a manifesté une plus grande fierté morale, per- sonne n’a provoqué plus hardiment le jugement de ses semblables que l’auteur des Confessions. C’est, il est vrai, dans l’intimité qu’il s’est montré tel qu’il était et qu’il a dépeint en même temps ses amis d’autrefois, mais il n’a jamais rédamé le secret. Il permit que ses auditeurs prissent des notes et les envoyassent aux joiunaux, ainsi que le fît Dorât. De la sorte M. de la ToiiRETTE fut étonné de trouver dans r Avant-coureur que Rousseau avait lu ses Mémoires devant plusieurs amis. (153) Rousseau a même confié son manusrit à ses amis, et Rulhiëre put le montrer au roi de Suède. (154) Bientôt tout Paris parla des mémoires de Rousseau, et beaucoup de gens se sentirent blessés par ses audacieuses indiscrétions. M. de Maleshbrbes pria DuSAULX de décider l’auteur à supprimer certains artides

Mais ne mUetts rien di moi à tetil ella, a/m de veas intéresser davimlage; tMcril, dont je vout farle, esl vraiment un ehef-d’ eettvrt de génie, de simplicité, de candeur et de courage. Que de ^ans changés en nains! Que d’hommes oiscurs et vertueux rétailis dans tous leurs droits, et vengés à jamais des méchans, far le seul suffrage d’un konnite homme! Tout le monde y est nommé. On n’a ’pas fait le moindre bien à fauteur qui ne soit consacré dans son tivre; mais aussi démasque-t-il avec la mime vérité tous les charlatans dont ce s&ele abonde.

jfe m’étends sur tout cela. Madame, parceque fax lu dans votre âme bienfaisante, délicate et noble, parceque vous aimes /iousseau, parceque vous êtes digne de l’admirer, enfn parccçue je me rtprochenùs de vous cacher une seule des impressions douces et honnêtes que mon cœur éprouve. Trois heures sonnent, et je ne m’arrache qu’avec peiné au plaisir de m’ entre- tenir avec vous; mais je vous ai offert ma première et ma dernière pensée; j’ai entendu la confession d’un sage; ma journée n’est peint perdue.t (Oeuvres de J.-J. Rousseau, Édilion de Genève. 1782. XXX. 260, note g.)

(153) Oeuvres compl. Conf. IX. 8ï. Nous avons dû transcrire ici tout ce passage, parce qu’encadré dans l’ensemble des éclaircissements que nous donnons, il est mis pour la premitre fois sous son vrai jour.

(154) Dusaulx, De mes rupparls, etc. — Lettre de M. de la Tourette à M. J.-J. Rousseau. Janvier 1772. Manuscr. de Neuchitel, —Voyez Corre- spondance etc. par Grirom etc. IX. 275. Pendant le séjour du prince royal de Suède à Paris dans les premiers mois de 1771 son père mourut et il devint roi étant à l’étranger.