Page:Rousseau - La Monongahéla, 1890.djvu/83

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
85
La Monongahéla

— Mais, mon cher, nous en sommes plus loin que tu ne le crois.

— Comment cela ? fit Daniel en regardant son ami avec surprise.

— Mademoiselle de Linctôt m’a juré sa fidélité ; elle a reçu mes serments et j’emporte les siens.

— Mes félicitations, mon cher, tu vas vite en besogne amoureuse.

— Mais je l’aime depuis que je la connais.

— Voilà précisément ce qui m’alarme. Qui sait les déceptions qui t’attendent ? L’absence, l’éloignement sont de grands rivaux auprès d’une jeune fille, mon cher Nicolas.

— Tu fais vraiment un drôle de consolateur. L’absence ! voilà ce qui me désespère. Oh ! si je pouvais rester au pays !

— Aurais-tu, par hasard, l’idée de donner ta démission ? de briser ta carrière ?

— Pas de doutes injurieux, je t’en prie. Seulement, ne pourrais-je pas servir aussi bien mon pays et mon roi au Canada qu’ailleurs ? Il me semble que les occasions n’y manquent pas.

— Bref, c’est donc un mal vraiment sérieux ?

— Incurable.

— Allons ! encore une fois, mon ami, je te plains sincèrement.

Nicolas allait répliquer sur un ton peut-être acerbe,