Page:Rousseau - Le château de Beaumanoir, 1886.djvu/36

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M. de Godefroy pleura amèrement, sincèrement sa femme, puis il reporta toute sa tendresse sur son enfant.

Se trouvant seul aux prises avec la vie, lui qui n’avait jamais lutté, il fut bientôt en proie à un redoublement de doutes, de chagrins, de déceptions qui quadruplèrent ses sentiments de timidité et d’inquiétude.

Il perdit à cette époque un procès qui le ruinait à peu près complètement, lui enlevant le revenu d’un petit domaine en Normandie, près d’un château que possédait la Pompadour en cet endroit. Présenté à celle-ci dans un court séjour qu’elle avait fait dans ce château, elle conseilla à M. de Godefroy de passer dans la Nouvelle-France avec sa fille, lui promettant une charge lucrative qui lui serait procurée par les soins de son favori, l’intendant Bigot.

L’année suivante, M. de Godefroy arrivait dans le pays et fut cordialement accueilli par Bigot, qui resta frappé de la beauté de Claire sortant à peine de l’enfance. Bigot lui fit l’avenir si riant qu’à partir de cette époque, ce fut un Dieu pour M. de Godefroy ; il ne vécut que pour lui et par lui, son nom était sans cesse dans sa bouche. Bigot, avec son intelligence des hommes, comprit tout le parti qu’il pouvait tirer d’up pareil sujet, c’est pourquoi il prit la ferme résolution de se l’attacher par quel-