Page:Rousseau - Le château de Beaumanoir, 1886.djvu/80

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les dictées de ma conscience. J’apprécie M. Bigot, j’ai de la sympathie, je ressens de la reconnaissance pour tous les services qu’il vous a rendus, je l’estime même, mais je n’ai aucun amour pour lui.

— Mon Dieu ! cela viendra ! reprit M. de, langage accoutumé des grands parents en pareille occurrence.

— Je ne crois pas, mon père. D’ailleurs là n’est pas la question. Je vous aime, mon père. Ici, près de vous, avec Dorothée, je suis aussi heureuse que je puisse désirer l’être. Ce bonheur me suffit, je n’en veux pas d’autre.

Dans cette union projetée, je vois un changement complet d’existence…

J’ai peur… Une voix intérieure me dit que si je vous quitte, mon père, toutes mes années de bonheur seront passées et ne reviendront plus….

— Claire, ma chère enfant ! dit M. de Godefroy très-ému et en attirant à lui sa fille.

— Voulez-vous donc me chasser d’ici ? dit la charmante enjôleuse d’une voix câline et en entourant le cou de son père comme un enfant gâté qui demande des caresses.

— Qui est-ce qui m’aimerait mieux que vous et Dorothée ? continua-t-elle, en l’embrassant.