Page:Rousseau - Le château de Beaumanoir, 1886.djvu/82

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vous exprimant ce que je ressentais, de porter le deuil dans votre âme.

Je fis tout pour m’habituer à l’idée de ce mariage. J’employai tous les raisonnements, je vous le jure, pour vaincre mes répugnances… Mais je ne puis faire plus, mon père. Ma conviction est profondément enracinée dans mon cœur.

Je suis certaine d’être malheureuse en devenant la femme de M. Bigot.

J’ai attendu jusqu’au dernier moment pour parler… et je vous parle maintenant qu’il en est temps encore.

— Il en est temps ! il en est temps ! répéta M. de Godefroy avec une agitation fébrile. Mais non, malheureusement, il n’est plus temps.

D’ailleurs que dira le monde ? Ne sait-on pas que tu vas épouser Bigot ?

— Qu’importe ce que dira le monde ! Il n’en dira toujours pas autant que vous en diriez vous-même plus tard, si vous aviez le spectacle de mon propre malheur.

— Mais on nous accusera d’ingratitude envers notre bienfaiteur !

— Comment ?

— Après ce qu’il a fait pour nous…