Page:Roussel - Chiquenaude, 1900.djvu/15

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et toutes avaient à la main une aiguille gigantesque de la dimension d’une canne, à laquelle pendait une aiguillée de soie rouge aussi grosse qu’une corde. En dansant ils agitaient mollement leur aiguille et la soie les enveloppait ainsi qu’un souple ruban.

Bientôt des enfants se joignaient à eux ; tout leur torse était enfermé dans une grosse bobine de la même soie, et l’on ne voyait sortir que leur tête blonde, leurs jambes et leurs bras roses.

Chiquenaude, après avoir tourné à l’envers le fameux costume, s’était retirée au fond du théâtre.

Sur un signe de son doigt les génies se mettaient à défiler en sautillant devant elle. De ses vieilles mains elle leur tendait l’étoffe fée et la flanelle ; et chacun en passant feignait de faire un point avec son aiguille géante.

Mlle Fusée, le premier sujet, exécutait de vrais prodiges. Elle avait pour cavalier l’élégant Crinière, et à eux deux ils abattaient toute la besogne. Fusée, par exemple, tournait sur les pointes et à chaque tour elle donnait un coup d’aiguille dans l’ouvrage.

Puis elle enlaçait son bras gauche au bras gauche de Crinière. Ils tournaient ensemble et