Page:Roussel - Chiquenaude, 1900.djvu/18

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et la beauté. Mais l’air, d’abord langoureux, devenait peu à peu plus expansif, plus enflammé ; Foire, posant son miroir sur la toilette, se levait et phrasait à pleine voix un passage entraînant et passionné ; Méphisto qui venait de sortir de l’alcôve complètement rhabillé s’avançait encore légèrement gris et mêlait sa voix à la sienne ; la calme mélodie du début finissait par un éclatant duo d’amour et sur les mots « je t’aime » Foire se jetait au cou de Méphisto qui la gardait serrée contre son cœur. Un affreux blasphème tirait soudain les amants de leur extase.

Panache venait d’entrer conduit par Chiquenaude.

« Lui !… déjà !… criait Foire foudroyée. »

Chiquenaude ricanait tout bas.

« Traître, hurlait Panache, j’aurais le droit de te tuer comme un chien sans te donner le temps de te défendre ; mais il me répugne d’agir ainsi et c’est dans un duel régulier que je me vengerai ; tire ton épée comme je tire la mienne et croisons le fer à l’instant. »

Méphisto tirait l’épée en éclatant de rire… Ne se savait-il pas invulnérable !…

Tandis que Panache parlait, Chiquenaude était