Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/128

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Après une étape courte et facile, faite dans l’obscurité envahissante, l’avant-garde atteignit le bord du Tez, grand fleuve tranquille dont la rive droite fut vite encombrée par le déploiement de la colonne.

Une pirogue pourvue de rameurs indigènes reçut à son bord Talou et Sirdah, qui furent passés sur l’autre berge.

Là, sortant sans bruit d’une hutte en bambous, le sorcier nègre Bachkou, une coupe d’ivoire en main, s’approcha de la jeune aveugle, qu’il guida par l’épaule dans la direction de l’Océan.

Bientôt, tous deux pénétrèrent dans le lit du fleuve, en s’enfonçant progressivement à mesure qu’ils s’éloignaient du rivage.

Au bout de quelques pas, immergé jusqu’à la poitrine, Bachkou s’arrêta en tenant haut dans sa main gauche la coupe à demi pleine d’un liquide blanchâtre, tandis qu’auprès de lui Sirdah disparaissait presque entièrement dans les eaux sombres et bruissantes.

Avec deux doigts trempés dans le baume laiteux, le sorcier frotta doucement les yeux de la