Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/167

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étrange ; sa face entière, bien enduite d’un fard jaune d’ocre, tranchait avec ses lèvres vertes, qui, affectant la teinte du moisi, s’ouvraient en un large rictus terrifiant ; ses cheveux hirsutes la faisaient ressembler à la dernière vision créée par le brasier, et ses yeux se dardaient avec insistance sur Juliette remplie d’épouvante.

Une fumée dense, dépourvue cette fois de contours déterminés, s’échappa encore du brasier, masquant le visage d’Adinolfa, qu’on ne revit plus après l’évaporation de ce voile éphémère.

Moins brillamment parée par le collier qui s’éteignait progressivement, Juliette, maintenant à l’agonie, s’affala sur les degrés de la couche, les bras pesants, la tête rejetée en arrière. Ses regards, désormais sans expression, finirent par se fixer en l’air sur un second Roméo qui descendait lentement vers elle.

Le nouveau comparse, représenté par un frère de Kalj, personnifiait l’âme légère et vivante du cadavre inerte étendu près de Juliette. Une coiffure rougeâtre, pareille à celle du modèle, ornait le front de ce sosie parfait, qui, les bras tendus, venait en souriant chercher la mourante pour la conduire dans l’immortel séjour.

Mais Juliette, semblant privée de raison, détournait la tête avec indifférence, tandis que le spectre, contrit et renié, s’envolait sans bruit dans les combles.