Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/186

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pétales manquaient désormais à la fleur violette.

Les trois caillots, que Fogar à présent tenait côte à côte dans sa main gauche, ressemblaient à de minces bâtons d’angélique transparents et poisseux.

Le jeune nègre avait obtenu le résultat cherché par sa catalepsie volontaire, dont le seul but, en effet, était d’amener une condensation partielle du sang, propre à fournir les trois fragments solidifiés pleins de nuances délicates.

Tourné vers la droite et regardant la flamme de pavillon rayée de rouge, Fogar prit un des caillots de sang, qu’il éleva doucement contre la hampe bleue.

Soudain un tressaillement se produisit dans l’étamine blanchâtre couverte des reflets venus d’en haut ; le triangle, jusqu’alors immobile, se mit à descendre en se cramponnant à sa tige ; au lieu d’un simple chiffon, nous avions sous les yeux quelque animal étrange doué d’instinct et de mouvement. Les zébrures aux tons rouges n’étaient autres que de puissants vaisseaux sanguins, et les deux pois noirs symétriques provenaient d’une paire d’yeux troublants et fixes. La base verticale du triangle adhérait à la hampe par de nombreuses ventouses, qu’une série de contorsions déplaçait depuis peu dans une direction constante.