Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/192

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les trois ventouses, qui, semblant appartenir aux bras d’un poulpe, retinrent leur proie avec une force irrésistible.

Cependant les cent pointes de jais pénétraient toujours plus avant dans la chair de l’animal informe, dont la souffrance croissante se manifesta par un élan giratoire des trois branches, mues comme les rayons d’une roue.

Le tournoiement, d’abord lent, s’accéléra fiévreusement, au grand préjudice des chats, qui se débattaient sans espoir en sortant leurs grilles.

Tout se brouilla bientôt dans un tourbillonnement effréné que scandait un furieux concert de miaulements.

Le phénomène n’amenait aucune torsion du tentacule, toujours stable, qui jouait le rôle de support. Grâce à quelque moyeu subtil et mystérieux, l’ensemble dépassait en puissance et en intérêt le spectacle illusoire donné par la roue du rotifère.

La vitesse d’évolution s’accentua encore sous l’influence des cent piqûres toujours plus profondes et plus torturantes ; l’air, violemment déplacé, produisait un bruissement continu dont le diapason montait sans cesse ; les chats, confondus, formaient un disque ininterrompu et rayé de vert, d’où s’échappaient des plaintes farouches.