Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/268

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Dix-sept ans avaient passé depuis la disparition de Sirdah, et Talou pleurait sa fille comme au premier jour.

Ayant conservé d’une façon très précise dans son souvenir la vision de l’enfant si fidèlement regrettée, il cherchait à évoquer, d’une façon purement imaginaire, la jeune fille qu’il aurait eue actuellement devant les yeux si la mort n’avait pas accompli son œuvre.

Les traits de la fillette à peine sevrée, nettement gravés dans son esprit, servaient de base à son travail mental. Il les amplifiait sans rien changer à leur forme, semblant épier année par année leur épanouissement graduel, et parvenait à créer ainsi, pour lui seul, une Sirdah de dix-huit ans dont le fantôme très défini l’accompagnait sans cesse.

Un jour, au cours d’une de ses campagnes coutumières, Talou découvrit une enfant séduisante appelée Méisdehl, dont la vue le frappa de stupeur. ll avait devant lui le portrait vivant de Sirdah telle qu’il la retrouvait à l’âge de sept ans dans la série ininterrompue d’images forgées par sa pensée.