Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/270

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allumé par la foudre, dévorait depuis la veille au soir la portion sud de l’immense forêt vierge.

Talou, monté sur une sorte de palanquin porté par dix robustes coureurs, se rendit à la lisière de la Vorrh afin de contempler l’éblouissant spectacle fait pour inspirer son âme de poète.

Il mit pied à terre comme la nuit venait de tomber. Une forte brise du nord-est chassait les flammes de son côté, et il resta immobile, regardant l’incendie qui se propageait rapidement.

Toute la population de Mihu s’était massée aux environs pour ne rien perdre de cette scène grandiose.

Deux heures après l’arrivée de l’empereur, il ne restait plus qu’une dizaine d’arbres intacts, formant un épais massif que les flammes commençaient à lécher.

Soudain on vit sortir du fourré une jeune indigène de dix-huit ans, accompagnée d’un soldat français en uniforme de zouave, armé de son fusil et de ses cartouchières.

Aux lueurs de l’incendie, Talou distingua sur le front de la jeune fille un signe rouge étoilé de lignes jaunes qui ne pouvait le tromper ; c’était sa bien-aimée Sirdah qu’il avait sous les yeux. Elle différait beaucoup du portrait imaginaire édifié dans la peine et si parfaitement réalisé par Méisdehl, mais peu importait à l’empereur, qui, fou de joie, s’élança vers sa fille pour l’étreindre.