Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/280

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une manière d’annoncer les jours de consigne en prononçant ces mots : « Quatre crans ! » qui faisait bouillonner le sang dans le visage de Velbar, tout prêt, dans ces moments de rage, à insulter son supérieur.

Mais un exemple terrible vint rappeler au jeune zouave la nécessité de refréner ces dangereux élans de rébellion.

Un de ses camarades, nommé Suire, passait pour avoir mené, de dix-huit à vingt ans, une vie fort mouvementée. Fréquentant les bas quartiers de Bougie et vivant dans un monde de filles et de souteneurs, Suire, avant son entrée au régiment, était une sorte de bravo qui, d’après certains dires, avait commis, moyennant salaire, deux meurtres testés impunis.

Suire, nature sauvage et violente, se pliait difficilement aux exigences de la discipline et supportait mal les continuelles remontrances de Lécurou.

Un jour, l’adjudant, inspectant la chambrée, somma Suire de refaire immédiatement son paquetage, qui manquait de régularité.

Suire était dans une de ses mauvaises heures et resta immobile.

L’adjudant réitéra son ordre, auquel Suire répondit ce seul mot: « Non ! »

Lécurou, en fureur, invectiva Suire de sa voix pointue, lui parlant avec une âpre joie des trente