Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/334

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qui, malgré elles, les lançaient continuellement en l’air pour les rattraper avec adresse. Pareil à un jongleur qui, au lieu de dompter ses babioles, se laisserait entraîner par elles, le malheureux s’enfuyait en ligne droite, subissant une sorte de vertigineuse aimantation.

Justin, métamorphosé en brochet, fut projeté dans le lac, dont il devait indéfiniment faire le tour à grande vitesse, comme un cheval lâché dans un gigantesque hippodrome.

Maffa et Nô s’étaient approchés d’Ursule pour la débarrasser de son bâillon.

Remplie de compassion et oublieuse de toute rancune, la fillette, qui avait vu s’accomplir le quadruple phénomène, voulut intercéder en faveur de ses bourreaux.

Elle demanda au sorcier un moyen de faire cesser l’enchantement, plaidant avec chaleur la cause des coupables, qui, selon elle, ne méritaient pas un éternel châtiment.

Touché par tant de bonté, Nô lui donna ce précieux renseignement : une fois l’an, au jour anniversaire et à l’heure précise de l’incantation, les quatre ensorcelés devaient se retrouver au point de la berge occupé par l’ânesse, qui seule resterait sédentaire pendant les courses vagabondes des trois errants ; cette rencontre ne durerait qu’une seconde, aucun temps d’arrêt n’étant permis aux infortunés fuyards ; si, pendant