Page:Roussel - Impressions d Afrique (1910).djvu/95

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était Philippo ; une barbe courte et hirsute ajoutait à la laideur du visage, amusant et sympathique à force d’intelligente drôlerie.

Jenn, tenant à deux mains le disque uni, sorte de table ronde dépourvue de pied, montrait au public cette tête sans corps, qui se mit à bavarder joyeusement avec la plus originale faconde.

La mâchoire inférieure, très saillante, provoquait à chaque mot un jet de postillons qui, s’échappant en gerbe de la bouche, retombaient en avant à une certaine distance.

Ici l’on ne pouvait admettre aucun des subterfuges employés pour le classique décapité parlant ; nul système de glaces n’existait sous la table, que Jenn maniait au hasard sans précautions suspectes. Le barnum, d’ailleurs, marcha jusqu’au bord de l’estrade et tendit la plate-forme ronde au premier spectateur désireux de la prendre.

Skarioffszky s’avança de quelques pas et reçut Philippo, qui dès lors, passant de main en main, fit, avec chacun, une brève conversation imprévue et spirituelle ; certains tenaient la table à bout de bras, pour éviter le mieux possible les innombrables postillons lancés par la bouche du phénomène, dont les étonnantes reparties suscitaient parmi nous de continuels éclats de rire.

Après une tournée complète Philippo revint