Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/110

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soit moins froid que l’air extérieur, il l’est encore trop pour des ruches foibles ; il faut les couvrir avec quelques paillassons ou avec des surtouts en paille, ou de toute autre manière qu’il est aisé à chacun d’imaginer.

M. de Réaumur pensoit qu’il y avoit toujours des inconvéniens à déplacer les ruches : pour les préserver du froid en les laissant dehors, il avoit imaginé un moyen, qui lui avoit parfaitement réussi sur les plus foibles comme sur les plus fortes. On prend un vieux tonneau défoncé par un bout ; on met sur le fond qui reste, de la terre bien séche à la hauteur de quatre ou cinq pouces : après l’avoir bien battue, on remet par-dessus, le fond du tonneau qu’on a ôté, sur lequel on place la ruche ; s’il étoit grand, on pourroit en poser plusieurs. On pratique au tonneau un trou vis-à-vis l’ouverture de la ruche, qui sert de porte aux abeilles, auquel on adapte un conduit d’un demi-pouce de largeur au plus, fait avec quatre petites planches : on pourroit y mettre un roseau percé d’un bout à l’autre. Ce conduit, soit en planches ou en roseau, doit être assez étroit, afin que les souris, les mulots, qui n’entreroient pas impunément dans une ruche lorsque les abeilles sont vigoureuses, ne profitent pas de leur engourdissement pour ravager leur habitation. Ce conduit, qui déborde un peu le tonneau, & qui aboutit exactement sous la ruche, entretient la communication de l’air extérieur avec l’intérieur, & permet aux abeilles de sortir de leur prison : on a soin de mettre sous la ruche qui est mal pourvue la quantité de miel qu’on juge lui être nécessaire pour passer la mauvaise saison : on le met sur une assiette avec du papier percé par-dessus ou quelque brin de paille. Tout étant ainsi disposé, on finit de remplir l’intervalle qui reste entre la ruche & le tonneau avec de la terre toujours bien sèche, qu’on presse un peu jusqu’à la hauteur de cinq ou six pouces au-dessus de la ruche. Comme il est à craindre que la terre ne soit pas parfaitement sèche, & que la moindre humidité qui pénétreroit le bois de la ruche ne nuise aux abeilles & ne corrompe leurs provisions, on peut se servir de la poussière qu’on ramasse dans les greniers à foin, ou de la paille hachée. Si on manque de tonneaux, il est facile de les remplacer par de grands paniers d’osier qu’on fait construire de la grandeur la plus convenable à cet usage : on peut encore arranger les ruches à côté les unes des autres, former tout autour une cloison de planches, & remplir l’intervalle qui se trouveroit entre les ruches & la cloison, comme on remplit le tonneau, en pratiquant de même un conduit, ainsi qu’il a été dit. Avec ces précautions, & en mettant sous chaque ruche foible, seulement à-peu-près une livre & demie de miel, on conserve les abeilles en les préservant du froid & de la faim, qui sont pour elles deux fléaux également redoutables. Au-dessus de ces ruches ainsi arrangées, on pratique un toit pour l’écoulement des eaux.

Cette manière de disposer les ruches pour passer l’hiver, n’a qu’une apparence d’utilité, qui disparoît