Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/111

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bientôt quand on réfléchit aux inconvéniens qui en sont la suite. 1º. Quoiqu’on ait pourvu aux ruches foibles en leur donnant du miel, si le tems a été plus doux qu’on ne l’espéroit, elles auront consommé leurs provisions avant qu’on puisse les renouveler ; alors les abeilles seront chaudement, mais elles mourront de faim. 2º. Pendant tout l’hiver, il n’est plus possible d’examiner l’intérieur des ruches ; cependant les abeilles peuvent avoir dans cette saison des besoins auxquels il est indispensable de pourvoir : si un grand nombre vient à mourir de vieillesse ou de maladie, comment enlever ces cadavres, dont la mauvaise odeur est capable d’infecter toute l’habitation, & de faire mourir celles qui se portent bien ? 3º. Quoique la terre, la poussière de foin, la paille hachée soient très-sèches quand on les emploie, la pluie qui est poussée par le vent contre les tonneaux ou la cloison, leur fait bientôt contracter une humidité qui se communique à la ruche, & qui nuit aux abeilles & à leurs ouvrages.

Une ruche dont la population est considérable, qui a travaillé avec ardeur pendant la belle saison pour amasser les abondantes provisions qui remplissent ses magasins, peut avec un simple surtout en paille, braver, même dehors, toute la rigueur de l’hiver ; cependant il est plus prudent de la fermer, moins pour le froid qu’elle a à craindre, que par rapport à l’humidité que des brouillards fréquens ou un tems pluvieux lui feroient contracter. Il n’en est pas de même d’une ruche foible ; il ne suffit pas de la placer dans un endroit entiérement fermé, il faut encore la couvrir de quelque bon surtout, ou l’envelopper avec de la paille, & la visiter au moins toutes les trois semaines, pour savoir s’il n’est pas nécessaire de renouveler sa nourriture. Tant que les abeilles sont bien engourdies, elles n’ont pas besoin d’aliment, puisqu’elles ne mangent point ; mais si le tems devient un peu doux, elles se réveillent, & vont visiter les magasins où sont renfermées leurs provisions. Il est inutile d’avertir que les ruches couvertes d’un bon surtout, tel que ceux de M. Palteau, n’exigent aucune autre précaution pour passer l’hiver : quelque rigoureux que soit le froid, elles peuvent y être exposées, & le braver sans danger.


Section IV.

Manière de disposer les Ruches dans les Ruchers, pour passer l’hiver.


Sous un rucher les abeilles exigent peu de soins & de précautions pour être garanties du froid : l’attention la plus nécessaire, c’est de leur donner de l’air ; elles périssent plutôt par un air étouffé que par le froid, parce que les exhalaisons, qui ne s’évaporent point ou difficilement, surtout si la ruche est en bois, s’attachent à ses parois & sur les gâteaux en forme de gouttes d’eau, & entretiennent dans l’habitation une humidité qui moisit les ouvrages des abeilles, & rend leur logement très-froid. Pour prévenir ces inconvéniens, on élève les ruches d’une ligne ou deux, tout au plus, avec de petits coins de bois qu’on