Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/343

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principe. Les anciens chimistes lui ont donné le nom d’esprit, de gaz sylvestre. Van-Helmont, qui étudia plus profondément la nature de ces parties volatiles invisibles, qui tantôt émanent d’elles-mêmes de certains corps, & qui tantôt ne laissent briser les liens qui les unissent à différentes substances, que par des opérations chimiques très-puissantes, les reconnut dans les vapeurs que répand le charbon allumé, dans les exhalaisons des substances muqueuses sucrées, amenées à l’état de fermentation vineuse : il vint à bout de l’obtenir par la voie d’effervescence, & par l’intermède du feu ; il annonçoit alors que les accidens meurtriers, produits par la vapeur du charbon allumé, par celles que répandent le vin & la bière en fermentation, la suffocation des animaux dans la grotte du chien, celles des mineurs par les moufettes, n’étoient dus qu’à la respiration de ce fluide dangereux. Il le suivit jusque dans différentes opérations de l’économie animale. Il ne restoit plus à Van-Helmont qu’un pas à faire : c’étoit de reconnoître la nature de la cause même de tous ces effets ; mais cette découverte étoit réservée à notre siécle.

Boyle répéta les expériences du célèbre chimiste de Bruxelles ; & comme il croyoit que ces vapeurs aériformes étoient de l’air véritablement engendré par l’opération même, il leur donna le nom d’air artificiel.

Le fameux D. Hales s’occupa presque toute sa vie de cet objet ; & sa Statique des végétaux est le résultat de ses expériences multipliées & diversifiées à l’infini. Cependant, son but principal paroît avoir été de bien connoître la vertu élastique de ce principe, & surtout de mesurer avec l’exactitude la plus scrupuleuse, la quantité de ce fluide qu’il obtenoit de différens corps, ou la quantité d’air atmosphérique qu’ils absorboient dans certaines circonstances. Quel dut être son étonnement, lorsqu’il vit qu’un pouce cubique de matière pris indistinstement dans les trois règnes de la nature, fournissoit, dans la décomposition, plus de trois, quatre, & souvent même plus de cinq cents pouces cubiques d’air ? Il en conclut naturellement que cet air n’étoit pas contenu dans ces mixtes sous une forme fluide & expansible, tel qu’il paroît lorsqu’il se dégage, mais sous une forme fixe & concrète. Cette idée, sans doute, le conduisit à désigner ce principe sous le nom d’air fixe, dénomination qui sert à le caractériser aujourd’hui parmi le plus grand nombre des savans.

On en étoit là, lorsque M. Priestley a réveillé l’attention des physiciens & des chimistes sur cet objet si intéressant. C’étoit une mine abondante que Van-Helmont, Boyle, Hales, avoient ouverte, & qui a été richement exploitée par les savans de tous les pays. Meyer, Black, Jacquin en Allemagne ; le comte de Saluces, l’abbé Fontana en Italie ; Cavendish, Smith, Macbride, Priestley, Ingen-House à Londres ; Rouelle, Macquer, Bucquet, Lavoisier, le duc de Chaulnes, Fourcroy à Paris, y ont fait des découvertes intéressantes, & ont enrichi de ses trésors la physique & la chimie. Ces deux parties ne sont