Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/560

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les bleues, le cinquième ; les bleues clair, mêlées de blanc, le sixième ; la couleur pourpre, le septième ; enfin, les bizarres en couleur, le huitième. Ce dernier ordre peut encore se sous-diviser suivant la bigarrure de la fleur.

La culture a tellement fait varier cette plante, que si un amateur desiroit posséder tous les individus de chaque variété, leur nombre excéderoit trois cents, & chaque jour il augmenteroit. La nomenclature change beaucoup d’un pays à un autre ; cependant les fleuristes de profession s’accordent entr’eux assez bien pour les dénominations. Ceux de Hollande, & sur-tout de Harlem, donnent le ton à tous ceux d’Europe.

IV. Du terrain qui convient à l’anemone. Toute terre n’est pas propre à cette plante, sans quoi elle ne tarde pas à diminuer de beauté ; enfin, à force de dégradations, elle revient à son premier état de simplicité. Tout fumier employé dans le mélange avec la terre, doit être exactement consommé, autrement il seroit plus nuisible que profitable. La terre la meilleure est celle qui reste la plus divisée, sans s’amonceler ou se réduire en motte par la pluie. Il est difficile d’en trouver de pareille ; il faut donc que l’art vienne au secours du fleuriste. Pour cet effet, il fait enlever des gazons sur une partie de prairie, amoncelle des feuilles, en bannit absolument celles des noyers, recherche des fumiers bien pourris, & du tout compose une masse de terre pour s’en servir pendant l’année suivante, ou dix-huit mois après. Tous les deux mois au plus tard, cette terre est passée à la claie & rigoureusement épierrée ; enfin elle ne peut servir que lorsque tous les végétaux & les parties de fumier sont entiérement réduits en terreau. Le fumier de vache bien pailleux est préférable à celui du cheval, & sur-tout à celui de mouton, de poule, de pigeon, &c.

Il convient d’enlever à la profondeur d’un demi-pied au moins, la terre de la plate-bande ou table destinée pour l’anemone, parce qu’elle aime la terre neuve. On travaille à la bêche (Voyez ce mot) la couche inférieure de terre sur une profondeur de huit à dix pouces, & ce creux recouvert avec le terreau préparé, est mis de niveau avec la surface du sol voisin. Il convient d’observer, que si dans le moment du remplissage on se contentoit de niveler ces deux terrains, le premier s’affaisseroit nécessairement à la profondeur de douze à dix-huit lignes : la prudence exige donc que le terrain de la table excède l’autre en hauteur relative à l’affaissement qu’il éprouvera.

Quelques auteurs conseillent de placer sous la couche de terreau des plâtras, des planches ou des fagots, afin de donner de l’écoulement aux eaux, & prévenir l’humidité que l’anemone craint beaucoup. Si la terre n’est pas glaiseuse, trop argileuse, la précaution est inutile. Du bon sable noir, sur l’épaisseur d’un pied, produiroit un effet pareil, & serviroit, pour les années suivantes, au mélange avec la terre neuve & le fumier consommé. Les racines des plantes s’en trouveront mieux que sur des fagots, & on ne craindra pas l’affaissement des terres ; & par