Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/656

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plaine détruisez le moins d’arbres que vous pourrez.

J’ai déjà dit qu’il falloit planter des arbres analogues aux pays montueux, & j’ajoute appropriés à leur température. Toutes les montagnes, dès qu’elles sont fort élevées, sont nécessairement dans une température froide, & plus froide encore lorsqu’elles se rapprochent du nord. Les sapins & les pins leur conviennent. Si la montagne est plus rabaissée & dans un climat tempéré, les semis de chêne, de châtaignier, du peuplier nommé tremble, de saule marceau, réussiront. Le tremble protège la végétation du chêne ; & après la première coupe, le chêne détruit le tremble. Il vaut mieux semer que planter ; il en coûte moins, & la réussite est plus certaine. Le semis multiplie les sujets, les racines sont tout-à-coup plus multipliées, & le terrain mieux lié. Mais si le terrain est extrêmement maigre, mêlez dans vos semis beaucoup de graines de bois de Sainte-Lucie ; tout terrain lui est propre ; il fait beaucoup de feuilles & talle très-bien par le pied. Sur les montagnes surbaissées des pays plus chauds, multipliez les semis de mûrier, sur-tout si le rocher est calcaire ; (voyez ce mot) si ses couches offrent des gerçures, des crevasses ; si elles se divisent par lames, par morceaux ; enfin, si le soleil, les pluies & les gelées décomposent facilement ces pierres, & les réduisent à l’état terreux. S’amuser, dans le commencement, à élever de beaux arbres, ce seroit directement aller contre le but du semis ; il faut au contraire, dans les premières années, rabaisser les pousses jusqu’au collet de la racine, afin de la faire grossir & la forcer à fournir beaucoup de chevelus pour commencer à retenir le terrain ; en un mot, ce taillis doit être traité comme ceux des châtaigniers. Il est aisé de se représenter les avantages qui résultent de cette entreprise. Ce que je dis du mûrier paroîtra extraordinaire, parce que bien des gens ne savent pas que cet arbre se prête à tout ce qu’on desire de lui ; j’en ai la preuve. On auroit tort de s’attendre, dans les premières années, à voir ces semis prospérer comme ceux de nos jardins : le sol est bien différent, mais chaque année, ou tous les deux ans, recepez la plante, laissez les branches sécher sur place, & peu à peu elles prendront de la force. Le chêne vert offre encore une ressource lente, à la vérité, mais bien précieuse pour les montagnes des pays chauds, où le chêne ordinaire & les autres bois réussissent difficilement.

Un des plus grands défauts d’une terre, d’une métairie, d’un domaine, c’est de manquer de bois ; je ne dis pas seulement de chauffage, mais pour le service général. Un propriétaire qui entend bien ses intérêts, doit trouver sur son propre fonds tout le bois nécessaire au charronnage, & même celui de construction, lorsque le climat ne s’y oppose pas. Dans ce cas il convient qu’il fasse beaucoup d’expériences pour s’en assurer. On plante peu & on arrache beaucoup, parce qu’on est pressé de jouir, & on ne voit que le moment présent ; mais le père de famille prudent, sage, & qui met sa consolation à penser qu’il revit dans ses enfans, plan-