Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/733

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ARQUEBUSADE. (Eau d’) Voyez Eau.


ARRACHER, est l’action de détacher avec effort ce qui tient à quelque chose. Le vrai sens du mot arracher s’applique plus à ce qu’on veut détruire qu’à ce qu’on veut conserver. Ainsi l’on dit, arracher les mauvaises herbes, un arbre mort, une vigne, &c. Mais s’il s’agit de tirer de terre une plante ou un arbre pour le placer ailleurs, on doit employer le mot lever de terre pour les plantes, & celui de déplanter pour les arbres. (Voyez ce mot)


ARRACHIS. Ce mot est particulièrement consacré pour les forêts, & désigne l’enlèvement frauduleux des plants d’arbres. Les ordonnances des eaux & forêts défendent les arrachis de chêne, de charme, &c. dans les bois du roi, & de lever des plants sur les souches.

Lorsqu’on abat une forêt, ne seroit-il pas plus avantageux d’arracher même la souche pour semer ou planter de nouveau dans ce terrain que l’opération de dessoucher auroit profondément remué ? L’expérience a prouvé & prouve chaque jour que le bois de brin l’emporte à tous égards sur le bois de souche ou de rejet. En effet, qu’attendre des racines, par exemple d’un vieux chêne, qui fournissoient à peine à sa subsistance ? elles sont aussi décrépites que lui, & ses canaux séveux sont aussi oblitérés, aussi obstrués que ceux du tronc & de ses branches. C’est ainsi que pense M. Duhamel ; & son avis sur ce sujet, qu’il a profondément médité, est d’un grand poids. Il dit : « dans les hautes futaies les souches sont nécessairement fort grosses & fort espacées ; si on coupe l’arbre à fleur de terre, ainsi que prescrit l’ordonnance, elles pousseront, à la vérité, quelques jets entre le bois & l’écorce ; mais comme l’aire de la coupe ne se recouvre jamais d’écorce, le bois se pourrit, endommage la naissance des nouveaux jets que le vent éclate ensuite très-aisément. Les racines de ces arbres abattus fort gros, périssent pour la plupart en terre, & les autres se trouvent souvent usées. On peut donc dire qu’une haute futaie ainsi abattue, ne peut jamais faire, par la suite, ni une belle futaie, ni un beau taillis. » C’est, suivant M. Duhamel, une des plus grandes causes de la destruction des forêts. Il faudroit donc n’adjuger les hautes futaies qu’à condition d’arracher les arbres, de dresser & essarter le terrain. À l’égard du propriétaire, il n’aura plus qu’à faire donner quelques labours à la charrue, & faire répandre sur ce terrain du gland pour un semis nouveau. Cependant, comme les arrachis de bois sont très-fertiles, sur-tout dans les plaines & sur les coteaux à pente douce, on peut en tirer d’abondantes récoltes pendant plusieurs années, & les remettre ensuite en bois.

Les adjudicataires & les marchands de bois diront vainement que cette manière d’arracher les arbres avec leurs souches, est trop dispendieuse pour eux ; la plus grande longueur de la pièce de bois par la partie qui reste en terre, surtout par celle que l’on perd par l’entaille lorsque l’arbre est gros,