Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1782, tome 2.djvu/37

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ou des maraîchers de Paris, qui est presque tout terreau, & où les engrais sont si multipliés, que les plantes ne sentent que l’eau & le fumier ! C’est par cette prodigalité d’engrais & de soins, que les plantes des champs, dont les fleurs sont à quatre feuilles, deviennent doubles, & gagnent en nombre de pétales & en beauté de couleurs, ce qu’elles perdent dans leurs parties sexuelles. M. le chevalier Von Linné a eu raison de les nommer plantœ luxuriantes.

Ces asperges, qui étonnent aujourd’hui par leur grosseur comparée à celle des asperges ordinaires des jardins, & sur-tout comparée à celle des îles, sont encore très-peu communes, ce qui prouve que cette espèce jardinière, (voyez le mot Espèce) est due à l’art. Il importe peu qu’elle soit nommée Marchienne, ou de Gravelines, ou de Hollande ; le grand point est de la conserver pendant long-tems sans dégénérer, & cette dégénération plus ou moins prompte, dépend de la nature du sol, de son exposition, & sur-tout de la manière de conduire l’aspergère.

On peut, d’après ce qui vient d’être dit, diviser les asperges en asperges cultivées, & en asperges non cultivées. Ces dernières sont l’asperge des îles & la maritime, venues spontanément ; les autres sont les asperges jardinières qu’on doit diviser en grosses asperges & asperges ordinaires, puisqu’elles n’offrent aucun caractère botanique pour les distinguer. Dans le nombre des grosses asperges, on comprendra la marchienne, la gravelines, & toutes les autres espèces ou variétés qui en rapprochent. Peut-être faut-il mettre de ce nombre la belle espèce d’asperge dont M. de Bougainville a rapporté les graines de l’île d’Otaiti. Il en donna quelques-unes à M. de la Tourrette, qui les a semées à Lyon dans son jardin de plantes étrangères, où elles ont parfaitement réussi. L’asperge est verte depuis sa base jusqu’au sommet, grosse comme la marchienne ou la gravelines. On la dit d’un goût délicat & très-relevé. J’ai semé de la graine que M. de la Tourrette a eu la bonté de me communiquer ; elle a bien levé, & jusqu’à ce moment je ne vois aucune différence caractéristique & botanique entre cette asperge & celles que l’on cultive.

III. Du terrain propre au semis. L’asperge croît naturellement dans les îles sablonneuses, où elle pousse des tiges entiérement vertes & hautes de deux à trois pieds, sur-tout si elle est ombragée par quelque buisson ou arbrisseau. Dès-lors on doit conclure quel terrain lui est propre, & combien il est important de se conformer à sa loi de végétation ; mais pour lui donner plus d’embonpoint, il faut y mêler une nourriture plus succulente & naturellement légère. Le fumier des couches très-consommé, uni avec partie égale de sable & de terre franche, forme un sol excellent. Quelques-uns même n’emploient que ce fumier des couches. Cette méthode est très-bonne pour les environs de Paris, où les fumiers sont abondans ; mais ailleurs ils sont trop précieux, & on ne s’amuse pas à faire des couches. Ramassez donc autant de feuilles qu’il sera