Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1782, tome 2.djvu/370

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friponnerie, & les gens simples ou ignorans en sont toujours la victime.


BOISSON, Médecine vétérinaire. On entend, en général, par le terme de boisson, toute liqueur dont les animaux s’abreuvent eux-mêmes, sans aucun secours étranger. L’eau est leur boisson ordinaire ; elle est absolument nécessaire pour jeter de la détrempe dans le sang, le rendre plus fluide ; pour dissoudre les alimens, les réduire, avec le secours de la salive & des sucs gastriques, en un liquide laiteux ; pour diviser & étendre les substances farineuses dont souvent se nourrissent les bestiaux, & qui, n’ayant point fermenté, forment toujours une colle tenace, qui a grand besoin d’un véhicule aqueux. On peut attendre ces bons offices de l’eau légère, pure, simple, douce & limpide, & non de ces eaux stagnantes & croupissantes, de ces eaux marécageuses, troubles, épaisses, chargées d’une multitude de corps étrangers, qui fourmillent de vers, où les insectes ont déposé des millions d’œufs, & où souvent, dans certains pays, on fait rouir du chanvre & du lin. Loin de servir de véhicule & d’aider à la digestion, ces eaux ont besoin elles-mêmes d’être digérées. Passent-elles dans le sang ? elles produisent des embarras dans la circulation, des obstructions ; les vaisseaux capillaires étant bouchés, engorgés, la circulation n’ayant plus lieu dans ces canaux, le sang, qui a un moindre trajet à faire, revient plus promptement au cœur, qui le repousse à mesure qu’il aborde ; les battemens de ce viscère sont plus fréquens, le fluide artériel est mu avec une impétuosité qui augmente en raison composée de la force du cœur & de la fréquence de ses contractions ; il heurte avec plus de force contre la matière qui engorge les vaisseaux capillaires : cette matière étant de plus en plus engagée dans ces canaux, qui décroissent en diamètre, elle s’y corrompt par son séjour & par la chaleur ; de-là les fièvres putrides, malignes ; de-là les inflammations, suivies de suppuration ou de gangrène.

Non-seulement l’eau croupissante est pernicieuse par sa viscosité, mais encore parce qu’elle fourmille de vers de toute espèce qui prennent de l’accroissement dans les intestins des bestiaux, & parce qu’elle est chargée d’une quantité prodigieuse d’œufs d’insectes, que la chaleur des entrailles fait éclore. Parmi ces vers & ces insectes, les uns croissent, picotent, irritent les intestins ; causent des mouvemens spasmodiques, convulsifs ; d’autres meurent, se pourrissent, & cette pourriture des substances animales passant dans le sang des bestiaux, il en résulte un grand désordre : aussi, par les dissections anatomiques, appercevons-nous presque toujours dans les animaux morts de certaines maladies contagieuses & épizootiques, les estomacs enflammés & leurs tuniques internes parsemées de taches livides, gangreneuses qui s’étendent le long du canal intestinal.

L’eau ne doit pas être non-plus ni trop vive, ni trop froide. Son effet sur le sang d’un cheval ou d’un bœuf échauffé ou en sueur, est de le condenser & de l’épaissir, de crisper & de roidir les parties