Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1782, tome 2.djvu/492

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turer du bois, des échalas, &c, ou autre chose solide, qui ne soit pas susceptible de se répandre, alors on ne fait point de côtés aux brouettes, & on les construit à claire-voie, sans enfonçure, sans côtés, & au lieu de l’enfonçure de devant, on ajoute des chevilles qui soutiennent le frontier, afin de la rendre légère autant qu’on le peut. (Fig. 2)

Ces brouettes sont très-utiles pour le service journalier d’un jardin, d’une ferme, &c. mais lorsqu’il s’agit de déblayer & de voiturer beaucoup de terre, le poids se trouve trop près de la main qui soutient la brouette & la fait mouvoir, & par conséquent fatigue beaucoup l’ouvrier sans avancer le travail. M. Munier, sous-ingénieur des ponts & chaussées de la généralité de Limoges, connu par plusieurs ouvrages, & sur-tout par son Recueil d’Observations sur l’Angoumois, a perfectionné ce genre de voitures, & voici les principes d’après lesquels il est parti. Toutes les brouettes se réduisent, selon les principes de la mécanique, à un levier de la deuxième espèce ; le poids se trouve entre la puissance, qui est le manœuvre chargé de la rouler, & le point d’appui, qui est la roue. Il résulte de cette disposition, que le manœuvre a non-seulement la totalité du poids à rouler, mais encore à peu près la moitié de ce même poids à soutenir sur les bras. Il suit de là que l’ouvrier perd beaucoup de la force qu’il auroit à rouler, puisqu’il la partage & emploie la plus grande partie à soutenir le poids.

Lorsqu’il est arrivé au lieu de la décharge, il la renverse par le côté, la tourne sens dessus dessous, fatigue pour la verser en entier, & s’il n’est pas accoutumé à manier la brouette, il est souvent entraîné par elle.

Le levier de la deuxième espèce paroît le plus propre à servir de base à la construction des brouettes. Partant de-là, on peut employer deux moyens pour diminuer considérablement le poids que le manœuvre aura à porter en roulant ; le premier en alongeant beaucoup le brancard ou limon, en faisant en sorte, par exemple, que la distance de la puissance au centre de gravité du poids, soit triple ou quatruple de celle du centre de gravité du même poids, au point d’appui qu’on suppose être dans la verticale qui passe par le centre de la roue ; mais la longueur de cinq à six pieds environ des brouettes n’est déjà que trop embarrassante, sans chercher à augmenter encore l’inconvénient de la décharge. Il vaudroit donc beaucoup mieux diminuer cette longueur. Le second moyen pour diminuer la charge du manœuvre, est d’en rapprocher le centre de gravité le plus près qu’il sera possible du point d’appui.

Or, pour faire trouver le centre de gravité du poids, il faut nécessairement que la caisse de la brouette soit enlevée & attachée par-dessus la roue, ce qui semble, en remédiant à la pesanteur du poids dans les bras du manœuvre, promettre aussi de la facilité pour la décharge. En effet, si on adapte sur la roue de la brouette, une caisse évasée, & que le manœuvre lève les brancards jusqu’à ce que cette caisse soit suffisamment inclinée sur le devant, pour que la charge puisse couler, on croiroit avoir construit une brouette parfaite, mais on se tromperoit ; car