Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1784, tome 5.djvu/169

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qui forment le dernier couronnement. En travaillant ainsi, les gerbiers ne craignent ni la pluie ni les coups de vent.

Il y a encore une manière de les recouvrir, impénétrable à la pluie la plus longue, & au moyen de laquelle il est possible de les conserver sans détérioration pendant une année entière.

On choisit à cet effet de la paille de seigle, on en fait des paquets de trois à quatre pouces d’épaisseur, & on les lie fortement près du sommet. Le nombre de ces petites bottes de paille doit être proportionné à la surface que l’on doit recouvrir, & on les égalise toutes par les deux bouts, sur une longueur de trois pieds. Lorsque le tout est préparé, le maître ouvrier monte sur le gerbier au moyen d’une échelle ; un second ouvrier se place à côté de lui, un troisième presqu’en haut de l’échelle, un quatrième vers le milieu, & enfin les autres restent sur le sol afin d’apporter au pied de l’échelle les bottes de paille. Celui d’en bas, armé d’une fourche de bois, prend une botte, la présente au second qui la prend également avec une fourche ; celui-ci la présente au troisième, & ainsi de suite jusqu’à ce qu’elle arrive aux pieds du premier ou des premiers ouvriers qui vont faire l’office de couvreurs ; ces derniers placent & disposent les bottes sur le gerbier, comme les maçons rangent les tuiles plates sur un toit ; c’est-à-dire, que le second rang recouvre plus de ]a moitié du premier, le troisième plus de la moitié du second, & ainsi de suite jusqu’au sommet ; enfin le dernier rang de bottes se croise par la tête sous les perches, & un nouveau rang fortement lié de chaque côté des perches transversales, assujettit le tout. Ces faisceaux de paille peuvent servir pendant plusieurs années. Cette méthode si simple & si avantageuse n’est cependant en usage que dans quelques cantons du royaume ; elle mérite d’être plus répandue.

CHAPITRE XI.

Du Battage et du Vannage.

Section Première.

Du Battage.

Je ne répéterai pas ce que j’ai déjà dit aux mots Batteurs & Battage, on peut les consulter ; mais j’ai promis dans ce dernier de donner la comparaison des frais de la méthode de battre au fléau ou de dépiquer avec des chevaux, mules &c. sans entrer dans tous les détails de chacune de ces opérations. L’expérience m’a démontré clairement, 1°. qu’il y avoit une économie de 2 sols & quelques deniers par mesure de grain, pesant cent livres poid de marc ; 2°. que lorsque l’on battoit au fléau il restoit moins de grains dans l’épi que par le dépiquage avec les mules ; 3°. que pour la même somme d’argent, les mules ou chevaux accéléroient beaucoup plus le travail & même d’un tiers, objet très-important ; 4°. que dans l’idée où l’on est que les mules, les bœufs, &c. ne sauroient manger la paille sans être brisée, il est clair qu’elle l’est exactement par le dépiquage ; 5°. que ceux qui se servent du blutoir, représenté Planche XI,