Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1789, tome 8.djvu/370

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suite ;… les récoltes seront à coup sûr très-abondantes, à moins que les saisons ne s’y opposent ; mais lorsqu’il s’appercevra que la beauté & la bonté du grain commencent à s’altérer, c’est alors le cas d’alterner & de semer du trèfle sur le blé, ainsi qu’il sera dit dans cet article, ou de la luzerne, (consultez ce mot) qui subsistera pendant plus de dix années consécutives dans toute sa force, & qui rendra quatre fois plus que la prairie non arrosée. Pour peu que la luzerne vienne sur le retour, elle doit être détruite & le champ doit produire de nouveau quatre ou cinq récoltes en blé, &c. : quelque parti que l’on prenne sur la qualité de l’herbe propre à alterner, il est démontré que la prairie non arrosée, ne rendroit jamais autant.

Admettons qu’un propriétaire intelligent ait converti toutes ses possessions en grains & en fourrages, il ne lui restera donc plus de champs pour faire paître ses troupeaux & son bétail. Cette objection est sans contredit la plus plausible, & même la plus séduisante contre la suppression des jachères & des prairies non arrosées ; le lecteur en trouvera la solution complette en lisant les articles communaux, jachères, bétail.

Si on exécute les suppressions dont on vient de parler, il faudra donc augmenter le nombre des valets & du bétail ? Oui, sans doute, parce que la terre est avare ; & les récoltes sont la récompense du travail. Alterner augmente le revenu, donc l’augmentation des valets n’est rien, puisque la dépense qu’eux & l’excédant du bétail occasionnent, est très au dessous du produit. La dépense sera bien moindre si on supplée les chevaux par les bœufs, & le labour en vaudra d’autant mieux. J’ose même dire qu’en alternant on pourra élever & nourrir une plus grande quantité de bêtes à laine & à cornes, qu’on aura plus de fumier, plus d’engrais, & dès-lors de plus belles récoltes ; enfin, que nulle méthode ne fait vivre un plus grand nombre d’individus, ressource précieuse pour l’État, en général, & bien consolante pour un propriétaire ami de l’humanité.

La suppression des prairies non arrosées rendra vaine une coutume barbare suivie dans plusieurs de nos provinces, celle du libre parcours. Dès que la première coupe de foin est levée, la prairie devient un communau, & jusqu’aux oies ont le droit d’y aller paître ;… je ne répéterai pas ce qui a déjà été dit contre un abus aussi révoltant. (Consultez les articles cités ci-dessus)


Des Prairies Naturelles Arrosées.

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Ce sont les seules, toutes circonstances égales, qui méritent d’être conservées ; cependant si on part des mêmes principes, cette assertion ne doit pas être prise à la rigueur, puisque la méthode des prairies artificielles, une fois bien connue, généralement adoptée en France, rendra les champs plus productifs. Ils donneront alors tout le fourrage que l’on peut largement consommer dans une métairie, & même un excédant pour la consommation des villes. Il vaut mieux avoir du grain à vendre que du fourrage.

Une prairie arrosée, à la porte d’une grande ville, ou située le long d’une rivière navigable, est un effet précieux que je ne conseillerois jamais de détruire, à moins que les