Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1796, tome 9.djvu/12

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


si vous désirez connoître combien une portion donnée de ce sable contient de parties calcaires ou vitrifiables, prenez-là, lavez-là à grande eau, afin de la détacher de toutes ses parties terreuses. Ensuite faites sécher & évaporer toute humidité. Quand ce sable sera chaud, versez aussitôt du fort vinaigre, & encore mieux de l’acide nitreux ou eau-forte, dans le vaisseau de verre ou de faïence, où on aura jeté le sable. Si l’on apperçoit un bouillonnement, une effervescence, c’est une preuve que les acides trouvent des substances calcaire ; & qu’ils les dissolvent. Laissez jusqu’au lendemain le tout en repos ; après cela, remplissez au trois quarts le vaisseau avec de l’eau commune ; remuez, agitez cette eau, versez-la doucement & par inclinaison ; ajoutez de nouvelle eau, & recommencez jusqu’à ce que dans le fond du vase il ne reste plus que le sable pur ; vous trouverez que c’est un sable vitrifiable, peu susceptible de décomposition, & par conséquent infertile. Si, après le premier lavage du sable, & après son séchage, vous avez pesé la totalité du sable ; si, après la dernière opération, vous pesez le résidu, vous connoîtrez combien le vinaigre ou l’acide nitreux ont dissout de portions de sable calcaire, & cette proportion vous indiquera sa qualité. On peut faire la même expérience sur la terre d’Un champ, afin de connoître dans quelles proportions se trouvent les substances qui en forment la masse. Il suffit d’en prendre une portion, & de la dessécher exactement au four ou au soleil, de la peser, & de procéder comme pour le sable. Si j’insiste sur cette matière d’opérer pour connoître les terres, c’est afin de détruire une foule d’erreurs que plusieurs écrivains sur l’agriculture propagent avec complaisance, parce qu’ils prennent quelques exceptions isolées pour des loix générales, & ne veulent pas remonter aux principes des choses ; ils prononcent que le sable noir est fertile, que le jaune l’est moins, que le rouge l’est un peu, &c. Je leur demande à quoi tient cette couleur ? est-elle inhérente au sable ? quand elle le seroit, en quoi la couleur contribue-t-elle à la qualité du sable & à sa fertilité ? À mon tour je dis la couleur est accidentelle & ne prouve pas sa bonté. Si le sable est vitrifiable, qu’il soit blanc, noir, rouge, &c, il n’en vaudra pas mieux. Le sable résultant du froissement & du frottement du granite, quelle que soit sa couleur, par lui-même, sera toujours infertile. Le sable calcaire, au contraire, quelle que soit sa couleur, sera toujours fertile, & son degré de plus ou moins grande fertilité, tiendra à sa plus forte ou moindre combinaison avec des parties vitrifiables. Les sables sur les bords de la mer sont dans le même cas ; avec cette différence cependant, quant à leur fertilité, que quoique sur certaines plages ils soient presqu’entièrement vitrifiables, ils sont toujours mêlés avec un grand nombre de débris de coquilles, de dépouilles d’insectes & d’animaux marins ; toutes ces substances étant calcaires se décomposent aisément, & leur décomposition rend féconds les sables vitrifiables, ou plutôt les interstices entre ces sables sont autant de loges, autant de réceptacles où se cache la terre calcaire. Alors les sables vitrifiables