Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1796, tome 9.djvu/13

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n’ont plus d’autres fonctions gue de devenir terre matrice & sables capables de loger l’humus qui forme la charpente des plantes après s’être séparé des matériaux fluides de la sève. On doit encore ajouter aux résultats des décompositions des parties calcaires, les principes du sel marin qui restent attachés à ces sables ; or, ce sel est à base terreuse & calcaire, & il a la propriété d’attirer l’humidité de l’air ; c’est à ces qualités qu’est due la grande fertilité que ce sable procure aux terres fortes sur lesquelles on le répand, & avec lesquelles on le mêle ; il est lui-même fertile & très-avantageux pour la culture de certaines plantes, pour l’ail, par exemple (consultez ce mot) pour les oignons, si les pluies ne sont pas rares dans le canton, & si on a le soin de couvrir sa superficie avec des algues ou autres productions marines ; ces algues, ces plantes sont naturellement salées, & par cette qualité elles ont le double avantage d’absorber l’humidité de l’air, ainsi qu’on a déja dit, & de retenir & s’opposer en grande partie à l’évaporation de l’humidité du sol. C’est donc des principes constituans des sables, & non de leur couleur, que dépend leur fertilité. En effet, que l’on suppose un fleuve, une rivière, un ruisseau, encaissés par des montagnes de granite, n’importe leurs couleurs ; que dans leurs débordemens ces eaux délavent & détrempent des couches ocreuses, rouges, noires ou jaunes, les sables granitiques paroîtront avoir ces couleurs ; mais comme les ocres sont le résultat de la décomposition du fer, il n’en suit pas que ces sables colorés soient fertiles, Il n’en est pas ainsi des sables schisteux, tels que ceux de l’Isère, de la Mozelle ; parce qu’ils se brisent facilement & se délitent en parties très-subtiles, & pour peu qu’ils soient mêlés avec des substances calcaires, ils deviennent très-productifs.

Si les sables vitrescibles sont mêlés avec de grands dépôts de terres calcaires, ils augmentent, dans ce cas, la fertilité du champ, parce que sans eux cette masse deviendroit trop compacte, & pas assez perméable à l’eau & aux influences de l’air. Ils la divisent, en séparent les molécules, les rendent douces au toucher, faciles à travailler ; mais dans tous ces case, ils ne sont que secours auxiliaires, secours mécaniques, & c’est dans ce sens, & non par leurs principes, qu’ils concourent d’une manière efficace à la beauté de la végétation. C’est par une sage conséquence de cette loi de la nature, que les auteurs ont conseillé l’emploi du sable pur pour fertiliser les terres argileuses & tenaces. Je me sers de leur expression fertiliser ; on devroit dire concourir à la fertilité des terres tenaces. Mais si au lieu d’un sable vitrifiable on n’employoit qu’un sable vraiment calcaire, la bonification seroit excellente pendant plusieurs années consécutives ; elle diminueroit peu à peu, & finiroit enfin par être nulle, parce que ces sables calcaires se décomposant plus ou moins promptement, suivant la nature du gluten qui lie leurs molécules, deviendroient à la longue presqu’aussi tenaces que les argiles. Le grand avantage qui résulte du mélange des sables avec les terres tenaces, c’est de les diviser & d’empêcher qu’elles ne retiennent trop d’eau ; car la bonne végétation, (suivant la destination de chaque