Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1796, tome 9.djvu/172

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


craint pas les froids, s’il est même prouvé qu’il aime les pays élevés, & qu’il y réussit bien, pourquoi, par une habitude mal entendue, ne le relègue-t-on pas sur les hauteurs, & pourquoi le cultive-t-on dans nos plaines ? ce problème mérite d’être examiné.

On cultive le seigle dans nos plaines, ou parce que le sol y est de médiocre qualité, on parce qu’on a semé un champ en froment pendant plusieurs récoltes consécutives. On dit communément qu’il & faut le rafraîchir en semant ensuite du seigle ; je ne conçois rien à ce raisonnement. On le fait généralement par-tout, & sa généralité ne prouve pas sa justesse ; nous y reviendrons tout-à-l’heure.

Tout sol de médiocre qualité est destiné au seigle ; communément il produit de deux années l’une, & l’année non productive est appelée jachère. (Consultez ce mot essentiel ici, afin d’éviter les répétitions, & afin de connoître les abus de cette année de repos.) Dans certains endroits, & ou le sol est bien mauvais, on ne sème qu’après trois ou quatre années & même plus ; il faut encore avoir écobué les terres, (consultez ce mot) opération coûteuse. & presque inutile.

Quoique j’aye dit plus haut que la culture du seigle devroit être reléguée dans les pays élevés & froids, cependant dans les plaines il convient de tirer un bon parti de toute espèce de sol. Ainsi on doit y consacrer à sa culture celui qui n’est pas susceptible de produire du froment, & plus le sol est mauvais, & plus il demande de préparations. Mais ce terrain supposé mauvais, cultivé d’une autre manière, ne rendroit-il pas plus qu’en seigle ? En effet, sur dix récoltes, à peine en obtient-on une bonne, deux médiocres, & les autres rendent à peine les semences, ou du moins leur produit ne couvre pas les frais d’exploitation. Les valets de la ferme & le bétail ne perdent pas moins un temps qui seroit bien mieux employé ailleurs. Il n’y a donc point d’avantage à cultiver du seigle dans du mauvais terrain ; un sol de médiocre qualité peut être rendu meilleur comme on le dira ci-après, dès-lors pourquoi ne pas le cultiver en froment ?

Rafraîchir la terre. Expression vide de sens. On veut dire, sans doute, que lorsqu’un champ a produit plusieurs récoltes consécutives de froment, il est épuisé, mais qu’il lui reste encore assez de force pour une récolte passable en seigle. On convient donc, sans y penser, que ces récoltes épuisent le sol, dès-lors qu’il est nécessaire de recourir a l’année de jachère afin de lui rendre de nouveaux principes : mais l’année de jachère en donne peu ; elle est donc presque inutile ; j’ajoute, elle est abusive : c’est ce qui a été démontré dans cet article dont la lecture est indispensable.

Le seigle vient dans tous les sols, plus ou moins bien, soit en plaine, soit dans les pays élevés. Le grand froid ne le fait pas périr ; s’il souffre, c’est par les gelées & les dégels successifs & prompts, ce qui n’arrive jamais dans les régions élevées.


CHAPITRE II.

Des préparations à donner à la terre, du temps de semer et de Récolter.

Presque par-tout on laboure de la même manière, & autant de fois les