Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1796, tome 9.djvu/372

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droit marqué par la naissance des feuilles de la plante ; par un second & troisième coup du plantoir, la terre de la circonférence est rapprochée des racines, de manière qu’il ne reste aucun vuide dans le premier trou. Si on a de l’eau dans le voisinage, on arrose légèrement chaque pied ; si on en est privé, on attend un jour disposé à la pluie. Quelques jours après la plantation, on parcourt tout le champ, & on suit de l’œil toutes les plantes l’une après l’autre ; enfin, on remplace aussitôt celles qui manquent. Ensuite, sarcler souvent est un devoir essentiel, & bien plus essentiel encore, lorsque le climat est pluvieux & le sol fécond en mauvaises herbes.

Lorsque la plante a acquis la hauteur d’un pied & demi, on la butte, comme la pomme de terre, le maïs. (Consultez ces mots) Mais avant de butter, on donne un petit coup de pioche à toute la terre qu’il environne, en observant d’enfoncer davantage la pioche à mesure qu’on s’éloigne du tronc. Toute la terre étant ainsi remuée, la plante prospère à vue d’œil. Ici commence un nouveau genre de travail de la compétence des femmes & des enfans ; on l’appelle ètéter, pincer, rabattre.

Cette opération commence en Flandres lorsque la tige est chargée de plus de douze feuilles ; c’est cette partie que les Hollandois nomment couronne, & qui, plus modérés que les Flamands, suppriment toute la couronne au-dessus des quatre premiers rangs de feuilles, en comptant par le bas. Cette suppression fait refluer la sève dans les feuilles, & développe les boutons qui n’auroient percé que l’année d’après, si la plante eût été préservée de la gelée. La sortie & la végétation de ces boutons, que l’on appelle dans cette première année, fausse pousse, nuiroient essentiellement à la bonté des feuilles que l’on garde, & à la force de leur végétation, c’est pourquoi on les coupe avec l’ongle à mesure qu’ils paroissent ; sans cette précaution, ils seroient à la bonté de la feuille, ce qu’est la câpre qu’on laisse mûrir sur le câprier, (consultez ce mot) relativement a une grande suite de boutons à fleur dont elle anéantit la sortie. On recommence le pincement autant de fois qu’il est nécessaire. Les plantes destinées à produire de la graine, sont laissées végéter à leur aise sur la lisière du champ. À cet effet, on préfère toujours les plus beaux pieds, soit pour la hauteur, soit pour la vigueur de la végétation. Si, par une parcimonie mal-entendue, on les effeuille comme les autres, la graine est maigre & mal nourrie. Lorsque la graine est mûre, on coupe la sommité des têtes, on en lie plusieurs ensemble, & on les suspend au plancher. La graine se conserve beaucoup mieux dans sa capsule que lorsqu’on l’en retire.

L époque de la récolte est marquée par le changement de couleur des feuilles ; c’est lorsque leur couleur verte prend la teinte jaune ; mais comme le mot teinte, plus ou moins foncée, ne porte pas avec lui un caractère assez tranchant, le cultivateur se règle, lorsqu’il voit la pointe des feuilles s’incliner contre terre, & une odeur assez agréable s’exhaler de ces feuilles ; alors il casse le long des tiges avec les doigts, les feuilles qui sont mûres & il les sépare en