Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1796, tome 9.djvu/373

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paquets suivant leur qualité, ainsi qu’il a été dit dans la description du travail de Hollande. Leur dessiccation s’exécute, à peu de chose près, comme chez la nation voisine ; mais comme les séchoirs des Flamands ne sont pas aussi bien entendus que ceux des Hollandois, on est quelquefois forcé dans les saisons pluvieuses d’y faire du feu, ayant l’attention la plus scrupuleuse que la fumée ne pénètre pas dans l’attelier. On a déja observé que si les feuilles sèchent avec trop de rapidité, elles perdent de leur parfum. Les tiges qui restent sur le sol sont arrachées & enfouies aussitôt après la récolte par un fort coup de charrue, de la même manière que dans les provinces du centre du royaume, on enterre les lupins ; (consultez ce mot) c’est le seul engrais qu’elles rendent à la terre. Il faut encore y ajouter celui des débris qu’on a enlevés à la plante par le couronnement.

En Amérique, la culture & la récolte diffèrent peu des précédentes, avec cette différence cependant qu’on coupe toute la plante par le pied lors de sa maturité. On attend que la rosée de la nuit soit dissipée, & que le soleil ait desséché toute l’humidité qu’elle avoit répandue sur les feuilles. Ces plantes restent ainsi coupées & sur place pendant le reste du jour ; on a soin de les retourner deux à trois fois, afin que le soleil les échauffe de tous les côtés, qu’il consomme une partie de leur humidité, & qu’il commence à exciter une fermentation nécessaire pour mettre leur suc en mouvement. Avant que le soleil se couche on les transporte dans la case préparée à leur réception, sans jamais laisser passer la nuit aux plantes coupées & découvert, parce que la rosée, qui est très-abondante dans ces climats chauds, rempliroit leurs pores ouverts par la chaleur du jour précédent, & arrêtant le mouvement de la fermentation déjà commencée, elle disposeroit la plante à la corruption & à la pourriture.

C’est pour augmenter cette fermentation, que les plantes coupées & apportées dans la case, sont étendues les unes sur les autres, & couvertes de feuilles de balisier amorties, ou de quelques nates, avec des planches par-dessus, & des pierres pour les tenir en sujétion. C’est ainsi qu’on les laisse pendant trois ou quatre jours ; ou, pour parler comme aux îles Françoises, elles refluent, après quoi on les fait sécher dans les cases ou sueries, à peu près de la même manière qu’en Flandres ou en Hollande.

Les expériences que j’ai faites dans le Bas-Languedoc sur la culture du tabac, ne suffisent pas pour établir un corps de doctrine sur ce point, mais elles mettront le cultivateur sur la voie. Je semai, au commencement de février, dans un terrain bien ameubli, léger & substantiel, la graine, avec les précautions déjà indiquées. La saison étoit belle & chaude. La graine germa avec beaucoup de facilité ; des matinées fraîches & prévues survinrent ; une p mie des plantes non couvertes avec de la paille, furent légèrement endommagées, les autres n’éprouvèrent aucun accident. Vers le 10 avril, je levai de la pépinière six des plantons les plus forts, & je les plantai à une très-grande distance les uns des autres, dans mon jardin potager, où ils furent livrés à eux-