Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1805, tome 11.djvu/578

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il faut donc y proportionner les canaux destinés à les recevoir ; mais, comme il y a impossibilité de connoître mathématiquement le volume d’eau dans un dessèchement, la prudence demande (et je ne puis trop insister sur cette mesure) qu’en creusant les canaux on se réserve toujours les moyens de les élargir ; et, pour ce, il faut laisser un espace ou franc bord, entre les bords mêmes du canal et les déblais ou terres qu’on en tire pour les creuser. Quand cette opération se fait au moment même où l’on creuse le canal, elle est facile. Deux travailleurs, placés sur les bords, reçoivent les terres, et, avec la pelle, les jettent à dix pas du canal où d’autres les terrassent. Ainsi toute la dépense consiste dans quelques journées de travailleurs ; mais, lorsqu’on a négligé cette mesure, lorsqu’une fausse économie de terrain l’a repoussée, et qu’il faut élargir un canal, alors les dépenses deviennent immenses, quelquefois les travaux impossibles, et l’on éprouve une vérité certaine en agriculture : c’est que rien n’est plus ruineux que les demi-moyens et les fausses économies ; ajoutez encore que lorsqu’on a négligé de laisser des francs bords, et qu’il faut creuser les canaux, il faut alors porter les déblais à une grande hauteur pour atteindre le tête des jets, ce qui ne se fait que par des moyens très-dispendieux.

Nature du sol. Je ne pourrois que répéter ici ce que j’ai dit à cet égard pour les levées ou chaussées ; il faut, pour prévenir les éboulemens, parfaitement connoître la nature du terrain que l’on travaille, et ménager les pentes ou talus des terres. Venons au dessèchement des parties basses.

Niveau des parties les plus basses du terrain. Voici, de toutes les opérations d’un dessèchement, la plus difficile et la plus compliquée ; avant de l’entreprendre, il faut bien connoître,

1°. Le niveau comparatif des parties les plus basses et les plus élevées du sol ;

2°. La pente qu’on peut donner au canal général, pour rendre les eaux au bassin naturel destiné à les recevoir.

De l’examen de ces données, dépend la solution de la question suivante :

Peut-on opérer le dessèchement, complet, sans employer des ouvrages d’art ?

Faut-il, au contraire, avoir recours à des machines, ou à des écluses ?

En effet, si dans un terrain à dessécher il se trouve des parties fort au dessous du niveau général, il est évident que, pour en recueillir les eaux, il faudroit donner une telle pente aux canaux, qu’alors ils ne pourroient plus conduire les eaux dans le bassin naturel, étang, mer, fleuve ou rivière.

Il n’y a alors que deux partis à prendre, ou de resserrer, par des chaussées, les parties inondées, et d’en faire des étangs, ou de les changer en prairies.

Si vous en faites des étangs, l’art n’est plus nécessaire que pour en contenir les eaux par des digues.

Si vous les changez en prairies, il faut alors employer le polder hollandais, le simple chapelet ou bélier hydraulique, pour élever les eaux dans un canal ou aqueduc qui les rendra au canal général.

J’avoue que je connois peu de terrains en France qui méritent cette dépense ; mais il importe toujours de contenir, de resserrer les eaux, tant pour la salubrité de l’air, que pour avoir au moins des étangs poissonneux. Quant au parti à préférer, il faut consulter l’intérêt personnel ; c’est un guide à qui il ne faut pas cependant accorder une confiance sans réserve. Souvent il nous égare en voulant nous servir, il nous porte ou à l’excès de la crainte qui empêche d’entreprendre, ou aux espérances chimériques qui font tout oser.

Des pentes à donner aux canaux de dessèchement. La pente même du ter-