Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1805, tome 12.djvu/543

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plusieurs chiens ne le chassent pas volontiers. Il a aussi l’inconvénient de se corrompre facilement, ce qui empêche d’en faire des envois. On le mange, comme la bécasse, sans le vider. Les espèces les plus estimées et les plus recherchées sont le râle de genêt, et la marouette ; on attache peu de prix au râle d’eau.

Les râles de genêt fréquentent les lieux plantés de cet arbuste, d’où leur vient leur nom. Ils aiment aussi les prés non fauchés, les avoines, les orges, les sarrasins. On en voit quelquefois dans les vignes, et au bord des jeunes taillis, Leur nourriture se compose de diverses graines, telles que celles de genêt, de trèfle, etc. ; ils sont aussi friands de vers, de limaçons, et d’autres insectes. Ils paroissent à peu près avec la caille, fréquentent souvent les mêmes lieux ; d’où on les a appelés rois des cailles. Ces oiseaux volent mal ; mais, en revanche, ils courent avec une vitesse que rien n’arrête. Les herbes les plus épaisses servent à leurs ruses ; ils glissent sous leurs enlacemens, se rasent, ou se perchent, selon qu’ils sont poursuivis, et rusent long-temps avant d’être arrêtés. Tous les chiens ne sont pas propres à cette chasse ; les meilleurs sont les choupilles, qui vont le nez en terre. Les vieux chiens sont aussi préférables aux jeunes, parce que, s’emportant moins, ils sont moins aisément dupes des détours ou des arrêts brusques que fait le râle pour donner le change. Lorsqu’on chasse au fusil, et que le râle est prêt à partir, il est aisé à tirer, parce qu’il vole pesamment, à moins qu’il ne soit très-maigre. Mais, si on le manque, rien ne sert, qu’au bout d’un vol court on le voie se remettre ; car, dès qu’il a touché terre, il se met à courir, et s’éloigne avec rapidité. Quelquefois il tient si obstinément, qu’il se fait prendre à la main, plutôt que de s’enlever. Le râle de terre a sa passée du soir au matin, comme les bécasses. Il va la nuit véroter dans les champs, et revient le matin à son cantonnement. Lorsqu’il est trop gras, il ne quitte presque plus ce cantonnement, sur-tout dans les pays abondans en genêts ; de là il est aisé d’avoir des râles pour un jour déterminé : en allant battre le pays d’avance, et les remettant dans une pièce de genêts, on est sûr de les y trouver pour le jour de la chasse. On tend les halliers, pour les râles, comme pour les cailles. On imite leur cri, qui est, crex, crex, en raclant un os dentelé avec la lame d’un couteau. Cette espèce d’appeau sert à les attirer dans le filet. Ils se prennent aussi aux lacets, ou collets piqués, tendus par leurs passées. (Voyez Collet, Bécasse et Perdrix.)

Le râle d’eau, inférieur en grosseur et en qualité au râle de genêt, et la marouette, plus petite que tous les deux, mais aussi estimée que celui-ci, se chassent de la même manière, ayant les mêmes habitudes, employant les mêmes ruses, excepté seulement qu’ils fréquentent les eaux, les queues d’étang, les prairies basses et humides. On les chasse, avec avantage, au moyen du hallier ou tramail, dont on forme une grande enceinte à la queue des étangs, aux lisières des prairies, etc. On bat alors les environs ; ou rassemble les râles avec un bon chien, et on le pousse aux filets, où plusieurs laissent la liberté et la vie.

Les râles d’eau sont sédentaires ; mais ceux de terre sont passagers ; ils disparoissent à l’époque des premières gelées blanches. Ils passent jusqu’en Afrique, et volent toujours avec un vent favorable. Malgré cette émigration de l’espèce en général, on voit plusieurs individus, pendant l’hiver qu’ils passent, cachés dans des touffes d’herbes et au fond des fossés. Il paroît encore certain qu’ils arrivent plus tard que la caille. Enfin,