Page:Ruskin - Les Matins à Florence.djvu/21

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La vue une fois rassasiée, l’esprit s’inquiète, la curiosité s’éveille ; une foule de questions se posent, dont la solution, peut-être indifférente au sentiment purement esthétique, satisfera ou surexcitera le sentiment historique. On cherche un guide qui puisse répondre, mais qui, avant de répondre, ait éprouvé et, avant de guider, ait parcouru, je ne dis pas seulement les lieux dans leurs moindres détails, mais la gamme entière des impressions. Alors paraît Ruskin.

Ruskin ne se contente pas d’enseigner à Oxford : il suit ses disciples dans leurs voyages pour les garder des suggestions hérétiques, des Murray ou des Baedeker. Il les suit au moyen de petites plaquettes de vingt pages, à reliure souple, aisément maniables, vite lues, qu’on met dans sa poche au départ et qu’on en sort, une fois à la station esthétique, petit démon chuchoteur, plein de surprises et de promesses, qui fait des trous dans les murs et dans les toiles et, par ces trous, découvre d’immenses horizons. C’est un de ces guides qu’on appelle les Matins à Florence, et dont on trouve ici la traduction, faite avec la plus entière conscience et la plus exacte compréhension. Ces Matins à Florence, composés de six parties, furent primitivement publiés séparément, de 1875 à 1877. Mais ils étaient préparés depuis bien des années, depuis plus de trente ans. De quelles longues méditations et minutieuses enquêtes le livre qu’on va lire fut l’aboutissement, il suffira pour en juger de lire les pages suivantes de Prœterita : « Lorsque je vis Florence pour la première fois, en 1840, la grande rue conduisant sur la place du Baptistère en venant du sud de la ville, n’avait pas été rebâtie, mais était faite de vieilles maisons irrégulières projetant fort loin leurs toits. Je pleurai amèrement sur leur perte en 1845, mais quant au reste, Florence était encore ce qu’il est impossible de