Page:Ségur - La soeur de Gribouille, Hachette, 1886.djvu/137

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gribouille, avec compassion.

Je crois bien ! Pauvre mademoiselle Rose ! Faut-il que vous ayez été méchante pour qu’on vous mette en prison ! Comment faire pour vous sauver ?

Rose allait lui répondre, lorsqu’elle entendit des pas d’hommes qui approchaient de la ruelle ; elle poussa vivement Gribouille dans la grange, s’y jeta après lui, tira la porte et se blottit derrière un tas de vieux foin oublié dans un recoin obscur. Gribouille voulut parler.

« Pour l’amour de Dieu, pas un mot, ou je suis perdue ! » dit-elle à voix basse en joignant les mains.

Gribouille resta immobile et terrifié ; les pas approchaient, mais lentement. Arrivés devant la grange, les gendarmes, car c’étaient bien eux, s’assirent contre la porte, sur le seuil en pierre qui leur offrait un siège. Ils causèrent à voix basse ; Gribouille essaya vainement d’entendre leur conversation ; il ne put saisir que des mots détachés.

« Échappée peut-être,… chez le curé,… aura eu peur,… bonne leçon… Rose des champs… Rose des bois… Ha ! ha ! ha ! »

Après un repos de quelques minutes, les gendarmes continuèrent leur chemin ; on les entendait rire et appeler Rose des champs.

Quand tout fut rentré dans le silence, Rose sortit de sa cachette ; elle tremblait ; Gribouille tremblait encore davantage.