Page:Sénancour - Rêverie sur la nature primitive de l’homme, tome 2.djvu/27

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parce qu’elles seroient beaucoup plus restreintes qu’elles
ne le sont dans le résultat naturel, mais accidentel du
mode présent. C’est à-peu-près ainsi que je conçois
l’homme en société, selon sa nature primitive. |

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Mais qui de nous a fait ce qu’il eût désiré ? Qui doit
moins que moi se réjouir dans ses œuvres ? Sous la loi
d’une destinée difficile, je n’ai pu hasarder que des essais
informes. Je cherche… …de la nature.(B. I, 31-32).
Je parle à ceux qui dans cette course précipitée de la
vie, se sont quelquefois arrêtés à l’écart, pour regarder en
simples spectateurs, les flots de cette multitude qui se
presse avec tant de passion. En voyant tous ces hommes
qui s’excitent, qui se hâtent de toutes leurs forces, et qui
tombent les uns sur les autres dans les fossés invisibles
dont la route est coupée ; ils ont dit : « Notre durée est
vaine, et tout échappe jusqu’au rêve des désirs, jusqu’à la
passion de l’aimable et de l’honnête, tout vieillit dans
notre pensée incertaine : le néant vient à pas immenses,
et la lumière de la vie s’enfuit ; ainsi les grandes ombres
des nuages s’étendent avec vîtesse sur les villes et les
contrées, et l’on ne sent plus rien de la chaleur des cieux.
Du lieu de leur retraite, au-dessus du sentier constamment
foulé, ils veulent en mesurer toute la suite, en
surprendre les secrets, en chercher l’origine et la fin. Ils le
voyent commençant dans l’ombre, et finissant dans la nuit ;
ils voyent qu’au milieu des ronces, des sables mouvans
et des flambeaux trompeurs, pour le suivre avec moins
de fatigue, il ne faut arrêter les yeux que sur une douce
clarté que l’on entrevoit à peine au-dessus des abîmes,

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mais qui est placée dans la direction | nécessaire, et qui
du moins subsiste invariable. Cherchons ensemble cette
lumière invariable, cette justice proposée à tous. D’autres
en parleront d’une manière plus docte : mais on aime à