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1735

  • IlS. DE MADAME DE SIMIAKE AU MARQUIS

DE CABMOST1.

16 février 1735.

J’ai reçu la petite caisse allongée, mon cher Marquis, et trois jours après votre lettre d’avis. Je vous remercie de tout mon cœur de votre attention pour tout ce qui me regarde. Considérez avec quelle habileté je ne me laisse pas un moment oublier de vous! peines ou plaisirs sont toujours de ma part sur vos pas; malheureusement beaucoup plus le premier que le second. Mais quand on reçoit des présents des rois, tout ce qui se passe au-dessous ne mérite aucune distinction. Je vous félicite, mon cher Marquis, de cette précieuse faveur.

Au reste, j’eus hier la plus belle apparition que l’on puisse jamais avoir. Je vis. mais que ne vis-je point, et que n’entendis-je point? le plus beau, le plus charmant, le mieux fait, le plus plein d’esprit que la nature ait formé; c’est. mais vous le devinez bien, il n’y a pas deux hommes faits comme cela dans le monde l’ami, le compagnon, l’émule de Bridame*. Je fus deux heures avec lui, qui me parurent deux moments. Je ne badine point; j’en ai la tête tout à fait tournée. Il m’a bien l’air d’un missionnaire, et cependant on dit que c’est un saint. J’en suis bien aise ce seroit grand dommage que Dieu n’eût pas cette belle âme.

Je ne sais pas la moindre nouvelle, mon cher Marquis. J’ai un grand procès à Paris, qui me donne plus de LETTRE iiS (inédite, revue sur l’original). 1. La fin delà lettre, à partir de « J’ai un grand procès, etc., » est seule de la main de Mme de Simiane.

2. L’abbé PouUe (voyez ci-dessus, p. 191, note 4) ? Bridaine était presque du même âge et du même pays que lui, étant né en 1701 a à Chusclan près d’Uzès.