Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 11.djvu/398

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3ï2 CH. DE SÉVIGNÉ ET DACIER

de fameux défenseurs de son opinion, et d’avoir partagé tous les beaux esprits. M. l’abbé de la Fayette’, après avoir entendu mes raisons il y a quelques jours, et s’être déclaré de mon avis, m’appliqua ces vers de la comédie, en parlant de M. D** Mais un roi l’attendoit au bout de l’univers

Par qui le monde entier a vu briser ses fers2.

J’ai moins connu le péril qu’il y a à attaquer M. D** que je n’ai été flatté du plaisir de faire connoître qu’on pouvoit donner à Horace un sens différent de celui de son traducteur, sans lui faire dire des absurdités, et sans faire à ses paroles une aussi grande violence que celle de rendre le mot communia par « des choses inventées et’qui n’ont jamais été dites, ni trouvées par personne. » Il semble déjà que la difficulté diminue à mesure que la dispute s’augmente. Nous convenons tous qu’il faut préférer les sujets connus aux sujets inventés Horace l’a décidé. Il s’agit donc uniquement de savoir s’il ordonne de chercher l’action d’une tragédie dans la guerre de Troie, par la facilité qu’il y a d’en faire une bonne pièce de théâtre, plutôt que d’inventer un sujet nouveau, à cause de la peinequ’onauraàyréussir. Voilà un des points dont il s’agit. Je prends pour moi un despassages que ma partie a cités Aut famam sequcre, aut sibi conpenientia fînge*.

Je soutiens que ce vers tout entier regarde les sujets connus. Il est certain que si un poëte veut introduire Achille sur le théâtre, il faut qu’il soit tel qu’Homère l’a dépeint, et qu’il lui fasse faire les actions que la renommée lui attribue, ou qu’il en invente qui conviennent au caractère de violent et d’injuste qu’Homère lui a donné. Si la seconde partie de ce vers vouloit dire que « si l’on forme des caractères nouveaux, il faut faire en sorte que toutes leurs parties s’accordent, et qu’elles aient entre elles de la convenance et du rapport, » comme M. D** l’a paraphrasé plutôt qu’il ne l’a traduit’, Horace n’auroit pas suivi lui-même les règles qu’il donne aux autres, et il n’auroit pas soutenu son propre caractère. M. D** dit dans ses Remarques sur la première satire, que jamais poëte n’a su si bien 1. Le fils aîné de Mme de la Fayette. Voyez tome III, p. 18g, note 6, et tome IY, p. a55.

2. Racine, Alczandre, acte II, scène n.

3. Vers ng.

4. Sévigné a exactement transcrit Daeier voyez son Horace, tome X, p. 23 de l’édition de 1689.