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SUR L’ART POÉTIQUE D’HORACE. 325

difficiles que les sujets nouveaux. Tout le reste de la page dixième* t

est inutile, et ne fait rien à notre question.

M. de S* « Le but d’Horace dans son AH poétique est d’exhor-

ter les poëtes à se servir de sujets connus, non pas parce qu’ils sont

plus aisés à traiter que les autres, mais parce que les ouvrages en sont

plus parfaits. »

Réponse. Je m’étonne que M. de S* me redise ici ce qu’il avoit

déjà dit dans son factum, etqu’il le redise après qu’on lui a fait voir

qu’Aristote traite cette opinion de ridicule3. Ce philosophe prétend

que les sujets inventés peuvent étre aussi parfaits que les sujets

connus, et cela est incontestable; car on a fait voir que ce qui est

inconnu ne touche pas moins que ce qui est connu. 11 est aisé de ?

tirer la conséquence.. ™

M. de S* « Cette question" est décidée par Horace lui-même,

qui dit en parlant des sujets connus

Tantum de medio samptis accedit honoris^.

«. Tant les sujets connus sont susceptibles de beautés et de grâces. »

Réponse. M. de S* parle ici pour moi. Quand un sujet connu

est bien traité, et que la composition des choses est bien faite, c’est-

à-dire que les incidents sont si bien liés, et se suivent si naturel-

lement qu’ils ne font qu’une seule action, un seul tout, la pièce est parfaite

Tantum séries juncturaque pollet

Et par conséquent les poëtes ne doivent pas avoir de répugnance à

traiter des sujets connus, qui peuvent être très-parfaits, et qui ne

sont difficiles que par la fable, et par la composition des choses et des incidents; au lieu que les sujets nouveaux avec cet te difficulté en

ont encore une autre, qui est celle qui se trouve à former les carac-

tères, et à les soutenir depuis le commencement jusqu’à la fin.

La démonstration est la lumière de la vérité. et mes raisons, qui

ont à mon avis toute l’évidence de la démonstration la plus claire,

obligeront sans doute M. de S* à prévenir votre arrêt, et à recon-

noître de lui-même qu’Horace ne peut avoir donné un précepte qui

ruine le fondement de la poétique, et qui est entièrement opposé

aux lumières du sens commun. Le mérite de se rendre à la vérité en

r. Ci-dessus, p. 3l5. 2. Voyez ci-dessus, p. 3o6 et 3o?. 3. Vers 243.

4. Vers 242 de VArt poétique « Tant a de force une suite d’incidents na-

turellement liés à un sujet connu. » [Traduction de Dacier.)