Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 11.djvu/573

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NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE. 487

plus triste et la plus effrayante de toute s celles qu’on peut avoir. Je vous avoue, mon cher cousin, que je m’en meurs, et que je ne suis pas la maîtresse de soutenir toutes les mauvaises nuits qu’elle me fait passer. Enfin son dernier état a été si violent, qu’il en a fallu venir à une saignée du bras étrange remède, qui fait répandre du sang, quand il n’y en a déjà que trop de répandu; c’est brûler la bougie par les deux bouts: c’est ce qu’elle nous disoit; car au milieu de son extrême foiblesse et de son changement, rien n’est égal à son courage et à sa patience, etc. » Dans ces circonstances, il est aisé d’imaginer ce que souffrit Mme de Sévigné elle ne pouvoit craindre six mois durant, comme elle fit, pour les jours de sa fille, sans que cela prit beaucoup sur sa santé elle se relevoit les nuits pour aller voir si sa fille dormoit, et s’oublioit ainsi elle-même, pour ne songer qu’à l’état de Mme de Grignan. Excédée enfin de soins et de fatigues, elle tomba malade le 6 avril 1696 d’une fièvre continue, qui l’emporta le quatorzième jour, à l’âge de soixante-dix ans et deux mois. Une fin pareille étoit bien digne de la tendresse qu’elle eut pour sa fille; mais les grands sentiments de religion qui lui firent demander et recevoir les derniers sacrements le cinquième jour de sa maladie ne permettent pas de douter qu’en faisant à Dieu le sacrifice.de sa vie, elle n’ait fait encore celui de sa tendresse même.

Les regrets de Mme de Gri gnan furent proportionnés à la grandeur de la perte qu’elle venoit de faire i et rien ne paroît moins fondé que l’opinion de ceux qui ont cru que la mère mourut brouillée avec la fille il n’y eut tout au plus dans. le cours de leur vie que quelques légers nuages, que la seule tendresse avoit formés et quel autre sujet de plainte pouvoit donc avoir Mme de Grignan contre sa mère, si ce n’étoit d’en être aimée2?

Mme de Sévigné se peint si bien elle-même dans ses lettres, que n’ayant pas voulu dérober au lecteur le plaisir de l’entendre s’expliquer sur ce qui la touche, je n’ai rien dit de plusieurs circonstances de sa vie dont elle s’entretient avec sa fille. Qu’il me soit permis seulement d’observer qu’il y auroit de l’injustice à juger du caractère de Mme de Sévigné sur l’idée que nous en a laissée le comte d-e Bussy, son cousin, dans son Histoire amoureuse des Gaulesg, où tout le bien qu’il est comme forcé de dire de Mme de Sévigné est exténué avec autant d’affectation que les plus légers défauts qu’il croit apercevoir en elle sont malignement exagérés. On sait qu’il n’aimoit pas sa cousine en ce temps-là, et que dans la suite il chanta la palinodie ï. Tout ce qui suit jusqu’à la fin de l’alinéa n’est point dansPéditioïï de 1734.

2. Quid enîm nisi se quereretur aniatam ? Orid. Metam. [Kote de Perrin.)

3. Écrite en 16Î9. (Note du méme.)