Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 11.djvu/579

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le composent ne méritent pas l’oubli où.celui qui les possédoit les a laissé (sic) jusqu’à présent. Elles font également l’éloge de la bonté du coeur et de la finesse de l’esprit de celle qui les a composées. Touchée du malheur peu mérité d’un ami qui lui étoit cher, Mme de Sévigné écrivoit avec chaleur à M. de Pomponne ce que son cœur sentoit avec vivacité. L’intérêt qu’elle prenoit au sort de son ami est si bien peint et si vivement coloré, qu’on ne peut, en lisant ces lettres, se refuser à l’illusion d’avoir la même façon de penser, de sentir les mêmes craintes, de former les mêmes vœux, et d’être aussi attendri que Mme de Sévigné l’étoit sur le sort qui menaçoit M. Fouquet.

VI. AVERTISSEMENT DES LETTRES

DE MADAME DE SÉVIGNÉ A POMPONE, DANS L* ÉDITION DE 1773.

LE procès de Fouquet n’est pas l’événementle moins curieux et le moins intéressant du règne de Louis XIV. Le projet de le perdre fut tramé avec un art si odieux, et la conduite de ses ennemis, dont plusieurs étoient ses juges, fut si passionnée, qu’on s’intéresseroit pour lui, quand même il eût été plus coupable qu’il ne l’étoit. Accusé et arrêté comme coupable du désordre ,des finances, il fut condamné au bannissement pour crime d’État. Son crime étoit un projet vague de résistance, et de fuite dans les pays étrangers, qu’il avoit jeté sur le papier quinze ans auparavant, dans le temps où les factions de la Fronde partageoient la France, et où il croyoit avoir à se plaindre de l’ingratitude deMazarin. Ceprojet, qu’il avoit absolument oublié, fut trouvé dans les papiers que l’on saisit chez lui. On sait qu’on étoit parvenu à faire croire à Louis XIV que Fouquet pouvoit être à craindre. On lui donna une garde de cinquante mousquetaires pour le conduire à son exil. On craignoit qu’il ne lui restât des appuis formidables. Il lui resta Pélisson et la Fontaine ]’un le défendit avec éloquence, et l’autre pleura ses malheurs dans une élégie très-belle et très-touchante, où il osa même demander sa grâce au Roi, ce qui étoit courageux dans un temps où un homme qui avoit déplu à Louis XIV n’étoit pas supposé excusable.

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