Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 11.djvu/92

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6 NOTICE

restreint, elle inspira de profondes, de durables amitiés, dignes d’elle. Partout où elle paraissait, elle exerçait une grande influence. Son train était médiocre elle prend soin de nous le dire elle-même en plus d’un endroit elle avait eu à soutenir plusieurs procès, à la suite desquels elle vendit ses terres patrimoniales; mais l’éclat de sa naissance, l’agrément et la sûreté de son commerce, le respect dû à son caractère, firent naturellement de son salon un centre pour la noblesse d’épée, à laquelle elle appartenait par le sang et les manières pour les graves parlementaires d’Aix, dont elle partageait les idées sur beaucoup de points pour les académiciens de Marseille, dont elle encourageait les travaux, car il était, ce semble, impossible que les lettres ne tinssent pas une grande place dans le cœur de la petite-fille de Mme de Sévigné. II paraît même que cette influence, bien peu menaçante, comme l’on pense, tout en étant fort réelle, causa de l’ombrage un moment au tout-puissant intendant de la province, qui aurait voulu, dit-on, la comprendre dans les nombreux ordres d’exil qu’il obtint de la cour vers la fin de 1731.

Fidèle à des traditions de famille qui remontaient au grand siècle, elle appartenait à l’école de Port-Royal, et partageait à l’endroit des jésuites quelques opinions ou préjugés d’un certain nombre des hommes distingués de son temps. II est assez probable, quoique les termes toujours mesurés et prudents dont elle se sert nous l’indiquent à peine1, qu’elle apporta une certaine chaleur dans les polémiques religieuses soulevées en Provence, comme ailleurs, par la bulle ’Urligènitus, les appelants, et la résistance des gens de robe aux ordres de la cour. L’irritation des deux partis fut encore augmentée par les scandaleux débats du procès la Cadière3, dans lequel la plupart des amis 1. Voyez ci-après (n° 43) un long fragment de lettre au marquis de Caumont, qui commence ainsi « Il est venu une lettre de Monsieur le chancelier au chef de notre aréopage. »

3. Un témoignage contemporain inédit nousapprend à quel degré de passion on en était venu de part et d’autre. « Je ne crois pas, écrivait le 5 octobre 173 Nicolas deFolard, chanoine de Nîmes, i\ son frère, le célèbre chevalier, je ne crois pas que ces Messieurs d’Aix y voient guère plus clair que nous. S’ils étoient sages, ils se récuse-