Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 3.djvu/193

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1673 avant que vous receviez cette lettre ; le reste viendra en peu de temps ; n’en soyez point en peine, ma bonne, ôtez cette bagatelle de votre esprit.


313. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ À MADAME DE GRIGNAN.
À Marseille, jeudi à minuit.

Je vous ai écrit ce matin, ma bonne. Voici ce que j’ai fait depuis : j’ai été à la messe à Saint-Victor[1] avec l’Évêque ; de là par mer voir la Réale[2] et l’exercice, et toutes les banderoles, et des coups de canon, et des sauts périlleux d’un Turc ; enfin on dîne, et après dîné me revoilà sur le poing de Monsieur de Marseille, à voir la citadelle et la vue[3] ; et puis à l’arsenal voir tous les magasins et l’hôpital, et puis sur le port, et puis souper chez ce prélat, où il y avoit toutes sortes de musiques.

Nous avons eu une conversation où j’ai bien dit, ce me semble, et où, sans aucune rudesse, ni brutalité, ni colère, mais raisonnablement et de sang-froid, je lui ai fait voir l’horreur de son procédé pour moi, et combien il m’eût été plus cher de témoigner une véritable amitié à Lambesc, que de m’accabler de cérémonies et de festins à Marseille, et que mon cœur étant blessé, tout cela n’étoit que pour le public. Il m’a paru un peu embarrassé ; et en effet, plus la chose s’éloigne, plus il la voit comme elle

  1. Lettre 313. — I. L’abbaye de Saint-Victor, de l’ordre de Saint-Benoît, était près du port.
  2. 2. On appelle ainsi la principale des galères du Roi, qui est ordinairement montée par le général des galères. (Dictionnaire de l’Académie de 1694.)
  3. 3. « La vue qu’on y découvre. » (Édition de 1754.)