Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 4.djvu/44

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


1675

427. DE MONSIEUR DE COULANGES À MADAME DE GRIGNAN.
[Ce 9e août[1].]

Quand je mets sur vos paquets Montélimar, c’est à dire « je vous adore. » Ainsi donc je vous dis réglément deux fois la semaine : « Je vous adore, Madame ; Madame la comtesse de Grignan, en votre château de Grignan, je vous adore ; » et c’est une manière de rondeau. Recevez donc agréablement le chiffre que je vous ai caché à vous jusqu’ici pour le rendre plus secret à M. de Grignan, à qui il me paroît qu’il est bon de le cacher éternellement. J’ai reçu votre bonne et aimable lettre, que je conserve comme la prunelle de l’œil. Vous avez donc vu les tableaux de Monsieur votre mari : qu’en dites-vous, et surtout des petits moutons qui font lever la poudre de dessous leurs pieds ? Savez-vous bien ce qu’ils signifient, ces petits moutons ? car vous devez faire profit de tout : ils vous apprennent qu’il faut être mouton comme eux : soyez donc toujours mon petit mouton[2], et soyez-le encore de celui qui a acheté les petits moutons qui parent votre cabinet. Il n’y eut jamais une pareille acquisition ; c’est de l’or en barre que les tableaux ; vous les vendrez

  1. Lettre 427 (revue sur une ancienne copie). — 1. Ce billet, publié dans l’édition de 1726 (la Haye), y était resté oublié. Il a paru pour la première fois dans l’édition de 1818. — Mme de Sévigné faisait souvent ses paquets chez Coulanges, qui mettait sans doute l’enveloppe et l’adresse ; quelquefois il ajoutait un petit mot comme celui-ci, écrit peut-être sur la table même où Mme de Sévigné achevait sa lettre du 9 août, et trouvé par lui assez joli pour être tout de suite montré à sa cousine. Au moins peut-on s’expliquer ainsi la dernière phrase de la lettre précédente. Dans le manuscrit ce billet n’est point daté ; dans l’édition de la Haye il n’a que la date de l’année (1675).
  2. 2. Les mots : « soyez donc toujours mon petit mouton, » manquent dans le manuscrit.