Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 7.djvu/535

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1686 confiance[1] Je ne sais ce qu’elle est devenue : elle se sera égarée, en vous allant chercher peut-être aux états[2] : tant y a que vous ne m’avez point fait de réponse ; mais cela ne m’empêchera pas de vous apprendre une triste et une agréable nouvelle : la mort de Monsieur le Prince, arrivée à Fontainebleau avant-hier, mercredi 11e du courant, à sept heures et un quart du soir ; et le retour de M. le prince de Conti à la cour, par la bonté de Monsieur le Prince, qui demanda cette grâce au Roi un peu avant que de tourner à l’agonie, et le Roi lui accorda dans le moment, et Monsieur le Prince eut cette consolation en mourant ; mais jamais une joie n’a été noyée de tant de larmes[3]. M. le prince de Conti est inconsolable de la perte qu’il a faite : elle ne pourroit être plus grande, surtout depuis qu’il a passé tout le temps de sa disgrâce à Chantilly, faisant un usage admirable de tout l’esprit et de toute la capacité de Monsieur le Prince, puisant à la source de tout ce qu’il y avoit de bon à apprendre sous un si grand maître, dont il étoit chèrement aimé. Monsieur le Prince avoit couru, avec une diligence qui lui a coûté la vie, de Chantilly à Fontainebleau, quand Ma-

  1. Lettre 1004. — 1. Voyez plus haut, p. 521 et suivantes, la lettre du 25 octobre précèdent. Mme de Sévigné veut sans doute parler des confidences relatives à Mlle de Grignan.
  2. 2. Voyez plus haut, p. 522, et la note 2.
  3. 3. « Le 11 de ce mois, Louis de Bourbon prince de Condé, premier prince du sang, mourut à Fontainebleau sur les sept heures du soir, âgé de soixante-cinq ans et trois mois, après avoir reçu les sacrements de l’Église avec toute la piété qu’on pouvoit attendre d’un prince véritablement chrétien. Si sa vie a été éclatante, sa mort ne l’a pas moins été dans toutes les circonstances qui l’ont accompagnée. » (Gazette du 14 décembre.) Voyez le Journal de Dangeau, à la date des 11 et 12 décembre 1686. Voyez aussi une relation des derniers moments de Condé, et la lettre qu’il écrivit au Roi, dans la Correspondance de Bussy, tome VI, p. 19 et suivantes.