Page:Sade - Aline et Valcour, ou Le roman philosophique, tome 1, 1795.djvu/54

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année ; perpétuellement entraîné jusqu’alors par les travaux de Mars, je n’avais ni connu mon cœur, ni soupçonné qu’il pût être sensible ; Adélaïde de Sainval, fille, d’un ancien officier retiré dans la ville où nous séjournions, sut bientôt me convaincre, que tous les feux de l’amour devaient embrâser aisément une âme telle que la mienne ; et que s’ils n’y avaient pas éclaté jusqu’alors, c’est qu’aucun objet n’avait su fixer mes regards. Je ne vous peindrai point Adélaïde ; ce n’etoit qu’un seul genre de beauté qui devait éveiller l’amour en moi, c’était toujours sous les mêmes traits qu’il devait pénétrer mon âme, et ce qui m’enivra dans elle était l’ébauche des beautés et des vertus que j’idolâtre en vous. Je l’aimais, parce que je devais nécessairement adorer tout ce qui avoit des rapports avec vous ; mais cette raison qui légitime ma défaite, va faire le crime de mon inconstance.

L’usage est assez dans les garnisons de se choisir chacun une maîtresse, et de ne la regarder malheureusement que comme une espèce de divinité qu’on déifie par désœuvrement, qu’on cultive par air, et qui se quitte