Page:Sade - Aline et Valcour, ou Le roman philosophique, tome 1, 1795.djvu/55

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dès que les drapeaux se déploient. Je crus d’abord de bonne foi que ce ne pourrait jamais être ainsi que j’aimerais Adélaïde ; la maniere dont je l’en assurai, la persuada ; elle exigea des sermens, je lui en fis ; elle voulut des écrits, j’en signai, et je ne croyais pas la tromper. À l’abri des reproches de son cœur, se croyant peut-être même innocente, parce qu’elle couvrait sa faiblesse de tout ce qui lui semblait fait pour la légitimer, Adélaïde céda, et j’osai la rendre coupable, ne voulant que la trouver sensible.

Six mois se passèrent dans cette illusion, sans que nos plaisirs eussent altéré notre amour ; dans l’ivresse de nos transports, un moment même nous voulûmes fuir ; incertains de la liberté de former nos chaînes, nous voulûmes aller les serrer ensemble au bout de l’univers… la raison triompha ; je déterminai Adélaïde, et dès ce moment fatal il était clair, que je l’aimais moins.

Adélaïde avait un frère capitaine d’infanterie que nous espérions mettre dans nos intérêts… on l’attendait, il ne vint point. Le régiment partit, nous nous fîmes nos adieux, des