Page:Sade - Aline et Valcour, ou Le roman philosophique, tome 1, 1795.djvu/63

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et plus de raison que de bonheur. Il cède sous les premiers coups que je lui porte, et j’ai la douleur de le renverser mort à mes pieds. À peine m’en suis-je convaincu que je m’élance en larmes sur le corps sanglant de ce malheureux jeune homme, dont les traits, dont la voix venaient de me rappeler si douloureusement sa malheureuse sœur. Dieu barbare ! est-ce ainsi qu’éclate ta justice ? n’étais-je pas le seul coupable ?…… n’était-ce pas à moi de succomber…… et me relevant en délire : « Vil assassin, me dis-je à moi-même, va combler ton affreuse victoire ; ce n’est pas assez que ton lâche abandon l’ait précipitée dans le cercueil ; il faut encore que tu arraches la vie à son malheureux frère. Triomphe affreux ! remords déchirans ! Va, cours, dans le transport qui t’agite, va joindre à toutes tes victimes le chef infortuné de cette honnête famille…… Il respire…… Cet unique enfant pouvait seul le consoler de la perte d’une fille qu’il idolâtrait, ta cruauté vient de le lui ravir ; achève, va lui percer le flanc ». Et je me précipitais encore sur ce